Par Marion Cocquet
Un parfum de fin de saison flotte à l'Élysée : alors que commence la course pour 2012, Nicolas Sarkozy vient de solder, coup sur coup, deux de ses projets culturels phares. Après s'être dit mercredi prêt à "remettre à plat" la loi Hadopi, il a fait vendredi ses adieux au Conseil de la création artistique (CCA) installé en 2009.
Des adieux dans les formes, et à la communication rodée. Un communiqué diffusé à la suite d'un déjeuner avec les membres du Conseil et leur président, le producteur Marin Karmitz, souligne que Nicolas Sarkozy "a rendu un vif hommage accompli", a "chaleureusement remercié les membres du Conseil pour leur engagement et leur travail", qui a répondu "très concrètement" aux objectifs : "encourager le développement et l'excellence de la création artistique française et promouvoir sa diffusion la plus large".Divisions
Du côté du conseil, le souhait de tirer le rideau en évitant les polémiques n'est pas moins évident. L'organisme a, du reste, décidé lui-même de sa dissolution - unanimement, affirme Olivier Meyer, directeur du théâtre de l'Ouest parisien et du théâtre de Suresnes Jean-Vilar, et membre du conseil. À l'issue de la réunion à l'Élysée, Marin Karmitz a d'ailleurs insisté sur ce point : "Nous considérons que nous avons fini notre mission (...). C'est quelque chose qui, dès le départ, était conçu comme provisoire, expérimental, et qui n'était pas appelé à durer", a-t-il déclaré à la presse. Ce n'est pourtant pas ce qu'en disait le discours de Nîmes qui annonçait la création du CCA en 2009. Celui-ci était alors présenté au contraire par Nicolas Sarkozy comme l'un des pivots de la politique culturelle du quinquennat.
Difficile, surtout, d'oublier les divisions profondes que la création de l'organisme avait suscitées dans le monde de la culture, et le rôle qu'elles ont pu jouer dans l'affaire. Le puissant Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) demandait ainsi, dès 2009, à ce que le CCA soit dissous et ne cache pas aujourd'hui sa satisfaction à voir ses voeux exaucés.
"Il y avait dans ce conseil, et dans le financement dont il bénéficiait, quelque chose d'extrêmement choquant à l'heure où les subventions à la culture sont en chute libre, explique François Le Pillouër, président du syndicat. S'il s'était agi d'un laboratoire d'idées au sein du ministère, nous l'aurions soutenu. Mais nous estimons que cette instance a empêché un véritable plan de développement pour la culture et nous demandons, aujourd'hui, que les 10 millions d'euros qui lui avaient été alloués reviennent au ministère de la Culture". Le Syndeac était allé plus loin, en entamant une procédure pour "prise illégale d'intérêt" contre le conseil, dont les membres sont directeurs d'institutions culturelles prestigieuses. Le dossier est, aujourd'hui, sur le bureau du Conseil d'État. Le Conseil de la création artistique disparaît, mais les comptes ne sont pas soldés.
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