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vendredi 13 mai 2011

Faut-il bombarder Damas ?

Faut-il bombarder Damas ?


Sur le papier, la situation en Syrie offre de troublantes similitudes avec celle qui prévaut en Libye. Un pouvoir autoritaire et familial en place depuis des décennies dirige le pays d'une main de fer, étouffe toute velléité de contestation, musèle la presse, embastille et torture à tour de bras les opposants. Les manifestants sont écrasés sous les chenilles des chars, dispersés à la mitrailleuse, abattus dans les encoignures de porte.
On pourrait s'attendre à une indignation généralisée, à des pétitions en cascade, à l'invocation du droit d'ingérence et de la jurisprudence onusienne faisant obligation de protéger les populations. Un principe qui a été officiellement formulé par l'ONU en 2005 et qui a servi de base juridique à l'intervention en Libye. On pourrait menacer d'expédier une armada aérienne, sanctuariser les foyers d'opposition, châtier les tyrans à coups de missiles, brandir le spectre de la CPI. Pourtant, la réaction internationale est presque inaudible. Quelques sanctions personnelles théoriques, qui épargnent pour l'instant le président Bachar el-Assad, quelques déclarations compassionnelles. Mais pas question d'aller guerroyer du côté de Homs ou de Deraa.
Le sinistre bilan du clan Assad
La famille Assad a cependant en matière de violations des droits de l'homme un palmarès industriel qui relègue Kadhafi au rang d'artisan de quartier. Le clan Assad peut à juste titre s'enorgueillir de quelques trophées spectaculaires : deux présidents du Liban (Béchir Gemayel, René Moawad), un Premier ministre (Rafic Hariri). Il compte également à son tableau de chasse une bonne dizaine de responsables politiques libanais de premier plan, dont le Druze Kamal Joumblatt (père de Walid), un ambassadeur de France (Louis Delamarre), des journalistes, des diplomates étrangers. Sans compter les connivences, sinon plus, avec bon nombre de groupes terroristes, dont celui qui, en octobre 1983 à Beyrouth, a tué 58 parachutistes français dans l'immeuble Drakkar.
En Syrie même, en 1982, Assad père (Hafez) a dépêché les brigades de défense de son frère Rifaat pour noyer dans le sang une révolte des Frères musulmans dans la ville d'Hama. Bilan : entre 20 000 et 30 000 tués. Et pas un murmure de la communauté internationale.
Un enjeu stratégique majeur
Mais Damas n'est pas Tripoli. Une déstabilisation de la Syrie, frontalière de la Turquie, de l'Irak, de la Jordanie, du Liban et d'Israël pourrait entraîner un chaos dans tout le Levant. Via leurs alliés libanais, notamment le Hezbollah, les Syriens ont la capacité d'embraser de nouveau le pays du Cèdre. Les Israéliens eux-mêmes considèrent le statu quo comme un moindre mal. Pas un coup de feu n'a été tiré depuis des lustres sur le plateau du Golan. Bachar el-Assad, à l'instar de son père, sait où sont les lignes rouges à ne pas franchir.
Sur le plan interne, le régime syrien, héritier du Baas, se veut laïque. Les chrétiens y sont protégés, la minorité alaouite (15 % de la population) qui tient les rênes du pays ayant besoin d'alliés face à la majorité sunnite très travaillée par les Frères musulmans. Alors, le clan Assad peut continuer à massacrer. Tout ce qu'on lui demande en fait, c'est de ne pas faire trop traîner les choses.

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