La croissance française est-elle définitivement repartie ? Oui, à en croire les chiffres publiés ce matin par l'Insee. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a annoncé une hausse de 1 % du PIB rien qu'au premier trimestre 2011, "la plus forte hausse depuis le deuxième trimestre 2006". Ce résultat dépasse les attentes de l'ensemble des analystes. De quoi réjouir Christine Lagarde, qui devrait atteindre plus facilement sa prévision de croissance de 2 % sur l'ensemble de l'année. Cette cible "est atteignable", confirme Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui tablait pourtant encore récemment sur une croissance limitée à 1,4 %. L'OCDE table elle aussi sur 2 %.
"Les moteurs de la croissance sont, pour certains d'entre eux, à leur meilleur niveau depuis 30 ans", s'est félicitée la ministre de l'Économie, évoquant notamment la production manufacturière. L'investissement du secteur privé est bien reparti, à + 0,7 %, la consommation est solide". Sur les trois premiers mois de l'année, l'économie française a d'ailleurs créé 58 800 emplois salariés dans le secteur marchand non agricole, plus de 20 000 de plus que lors du dernier trimestre de 2010, selon l'Insee.
L'UMP voit dans les bons résultats de la production "l'impact des mesures structurelles prises depuis 2007 pour renforcer la compétitivité de la France : crédit d'impôt recherche, soutien aux filières industrielles, fin de la taxe professionnelle sur les investissements, maîtrise des taux d'intérêt par un soutien sans faille à l'euro, assouplissement du marché du travail", souligne un communiqué du secrétaire national aux stratégies économiques.
Une consommation incertaine
Mais les économistes mettent en garde contre un excès d'optimisme. Car la surprise du premier trimestre repose largement sur des "facteurs techniques" comme l'augmentation des stocks des entreprises qui ont préféré ne pas les entretenir pendant la crise. "On a une contribution des stocks de 0,7 point à la croissance sur 1 %", souligne Mathieu Plane. Dès mi-mars, l'OFCE remarquait dans sa note sur les perspectives de l'économie française 2011 que le restockage "devrait permettre à la production de repartir de façon technique afin de répondre à la demande, aussi maigre soit-elle, sans que cela n'indique toutefois un redémarrage durable de l'activité industrielle". Le chiffre de 1 % pourrait lui-même être remis en cause dans le futur, après réévaluations de l'Insee, les premières données publiées sur cette composante de la croissance étant souvent fragiles, prévient l'économiste.
Autre incertitude, la consommation des ménages (+ 1,1 % au premier trimestre). Elle a aussi été soutenue par un phénomène technique, lié à la poursuite partielle des effets de la prime à la casse, arrêtée le 31 décembre 2010. Les clients ont continué à prendre livraison de véhicules commandés avant cette date, le paiement étant possible à la date de livraison. Ce facteur ne devrait pas perdurer au-delà du premier trimestre. D'autant plus que les effets de la hausse du pétrole commencent à se faire durement sentir.
La rigueur, un frein à la croissance
Le salut n'est pas non plus à attendre du côté du commerce extérieur, dont la contribution à la croissance s'est déjà révélée négative au premier trimestre malgré le rebond des exportations, plus faible que celui des importations. "La bonne surprise vient du côté de l'investissement" des entreprises non financières qui accélèrent "vivement" (+ 1,9 %), selon Mathieu Plane. Pour l'UMP, même si la hausse du pétrole devrait "altérer la dynamique", "les changements structurels qui sont aujourd'hui en cours dans les entreprises devraient se poursuivre et leur permettre de continuer sur un rythme soutenu au second semestre".
Reste à savoir quel sera l'effet de la rigueur : l'OFCE est très critique vis-à-vis de la stratégie de réduction des déficits publics menée par la France et plus largement en Europe. Selon le centre de recherche de Sciences Po, le rythme imposé pour revenir en dessous des 3 % dès 2013 devrait brider la hausse du PIB. "On aurait pu avoir une croissance très forte en 2011, de 3 % hors politique de rigueur en Europe et hors effet du pétrole", regrette Mathieu Plane. À seulement 2 %, le chômage ne devrait pas significativement refluer.
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