La bactérie mortelle qui a déjà fait 16 morts, dont 15 en en Allemagne, a coupé net l'appétit des consommateurs pour les crudités, mettant en difficulté les producteurs agricoles de toute l'Europe.
En Allemagne, épicentre de la contamination par la bactérie E. coli O104, la fédération agricole Bauernverband évoque un manque à gagner de quatre millions d'euros par jour des maraîchers. "En début de semaine, on parlait encore de deux millions", explique à l'AFP son porte-parole, Joachim Funke. Il évoque pour certains producteurs, notamment de concombres, des baisses de chiffre d'affaires "de 80 % à 90 %". Les concombres qui ne trouvent pas preneur pourrissent et sont utilisés comme déchets organiques.
Les autorités sanitaires allemandes avaient déconseillé la semaine dernière la consommation de tomates, salade et concombres, et avaient incriminé des cucurbitacées en provenance d'Espagne. Ce soupçon ne s'est pas confirmé : l'origine de la bactérie, qui s'est propagée à partir du port allemand de Hambourg (nord), n'est toujours pas identifiée. Une incertitude qui ne fait rien pour redonner confiance aux consommateurs, dont la méfiance touche maintenant aussi d'autres légumes comme le poivron.
Les producteurs espagnols exaspérés
Dans cette crise, les producteurs espagnols estiment qu'ils paient injustement les pots cassés. "Presque toute l'Europe" a arrêté d'acheter leurs fruits et légumes, a déploré mardi Jorge Brotons, président de la Fédération espagnole des producteurs-exportateurs de fruits et légumes (Fepex), évaluant les pertes à quelque 200 millions d'euros par semaine. L'Espagne, premier producteur européen de fruits et légumes, exporte en grande quantité en Allemagne.
Les exportations de légumes des Pays-Bas vers son grand voisin, évaluées à 10 millions d'euros par semaine, ont, elles, cessé, tandis que les producteurs belges évoquent un impact de 3 à 3,5 millions d'euros par semaine. En Italie, le syndicat agricole Coldiretti estime à trois millions d'euros le manque à gagner par jour et s'inquiète d'une "psychose qui risque d'être dévastatrice pour la santé et pour l'économie", et ce, d'autant plus que les Allemands ne sont pas les seuls à bouder les légumes frais.
Panique sur le concombre en France
En France, "il y a clairement une panique sur le concombre", confirme à l'AFP Pierre Diot, qui représente les producteurs de tomates et concombres français. Les ventes de ce légume ont chuté de 80 % en quelques jours, le cours de la tomate de 20 %. En Belgique aussi, les ventes se sont effondrées. "Seulement un quart des concombres ont été vendus aujourd'hui, à un quart du prix normal", explique à l'AFP le secrétaire général de la Fédération des criées belges (VBT), Philippe Appeltans. Tomates, poivrons et aubergines sont aussi concernés.
Tout cela "va mettre des entreprises en grande difficulté", prédit Pierre Diot en France, et ce, dans un secteur déjà à la peine. En Allemagne, les producteurs de fruits et légumes ont déjà été malmenés par des gels tardifs en mars et avril. Le pays a connu ces dernières années son lot de scandales alimentaires, le dernier en date, une contamination de viande et oeufs à la dioxine, remontant à janvier.
En France, c'est la sécheresse qui met cette année tout le monde agricole dans une situation critique. "Reste à savoir qui va payer. Logiquement, ça devrait être l'Allemagne, qui a diffusé de fausses informations, ou l'UE", estime le Belge Philippe Appeltans. Bruxelles a promis d'étudier les moyens de venir en aide aux producteurs, mais a prévenu que ses marges de manoeuvre étaient limitées. En Allemagne, le ministère de l'Agriculture veut d'abord concentrer son énergie sur la recherche de l'origine de la contamination. En attendant, la banque agricole publique Rentenbank va débloquer des crédits à taux préférentiels pour les exploitants.
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