En engageant pour la première fois des hélicoptères de combat contre l'armée du colonel Muammar Kadhafi, l'Otan tente de sortir le conflit libyen de la menace d'enlisement, mais cette stratégie qui marque peut-être un tournant expose davantage l'Alliance. "Le recours aux hélicoptères pourrait marquer un tournant, car cela devrait permettre de faire de l'appui-feu aux forces rebelles au sol", juge François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique.
Samedi à l'aube, des hélicoptères britanniques Apache, partis du porte-hélicoptères HMS Ocean au large de la Libye, ont frappé une installation radar et un poste de contrôle militaire situés près de Brega. En parallèle, des hélicoptères français Tigre et Gazelle décollaient du bâtiment BPC Tonnerre de la Marine nationale. "Une vingtaine d'objectifs, dont une quinzaine de véhicules militaires, notamment des pick-up armés", ont été détruits, a indiqué l'état-major français. Plus flexibles, mieux adaptés également pour repérer les troupes et leurs équipements, souvent cachés dans des zones habitées, plus précis aussi que les avions qui volent à haute altitude, les hélicoptères seront encore utilisés "quand et où ce sera nécessaire", a averti le général Charles Bouchard, commandant en chef de l'opération de l'Otan en Libye. Le but est "d'augmenter la pression sur les forces pro-Kadhafi", a souligné samedi l'Alliance.
Enlisement
La résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies n'autorise pas l'envoi de troupes au sol en Libye, mais seulement l'utilisation de tous moyens propres à empêcher les armées en présence de faire du tort aux civils. Lancée le 19 mars et passée sous commandement Otan début avril, la campagne de bombardements dure maintenant depuis près de deux mois et demi. Les avions et drones de l'Alliance ont totalisé à ce jour quelque 3 640 frappes. Malgré cela, "on se trouve actuellement dans une situation de 'pat' en Libye et personne ne peut prédire quand l'opération de l'Otan va s'achever", jugeait cette semaine à Bruxelles un diplomate européen de haut rang. Les troupes rebelles, mal formées, mal encadrées, mal équipées, progressent peu. Et "les efforts de médiation, avec la dernière mission en date du président sud-africain Jacob Zuma par exemple, n'ont pas permis de réaliser une percée, car Muammar Kadhafi résiste", a-t-il relevé.
Dans ce contexte où forces pro-Kadhafi et rebelles se neutralisent, pour François Heisbourg, la sortie des hélicoptères britanniques samedi à Brega est "assez logique", car "il s'agit de faire sauter le verrou sur la route côtière qui mène à Tripoli". Mais Alvaro de Vasconcelos, directeur de l'Institut de sécurité de l'UE, juge que les troupes rebelles de Benghazi "ne sont pas en condition pour marcher sur Tripoli. Plus décisive sera la levée du siège de Misrata, et c'est là que les hélicoptères pourraient jouer un rôle important avec des frappes plus précises". L'Otan a cherché à minimiser les risques en éliminant la marine libyenne avant de mettre en jeu ses hélicoptères, mais ces sorties ne sont pas sans danger, les hélicoptères étant notamment à la merci de missiles de courte portée, relève François Heisbourg.
Samedi matin, plusieurs hélicoptères ont dû riposter à des tirs d'armes légères en provenance du sol, mais aucun appareil n'a été touché, a indiqué l'état-major français. Seul toutefois, le recours à des hélicoptères ne suffira pas pour éviter l'enlisement, estime François Heisbourg, pour qui "les rebelles doivent aussi témoigner d'une plus grande combativité". Signe que l'Alliance elle-même table sur un conflit plus long que prévu, elle a prolongé mercredi son mandat de trois mois supplémentaires jusqu'à la fin septembre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire