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samedi 16 juillet 2011

Eva Joly : "Je ne permets pas qu'on doute de mon patriotisme"

Eva Joly : "Je ne permets pas qu'on doute de mon patriotisme"


Eva Joly : Prétendre défendre la République en agitant le démon des origines est une hypocrisie dangereuse. De tels excès n'étonnent guère quand ils proviennent des habituels matamores de l'identité nationale. Dans la bouche d'un Premier ministre, ils témoignent de la dégradation des termes du débat public et de la gangrène identitaire qui attaque le corps républicain. Je ne permets pas que l'on mette en doute mon patriotisme. Je ne suis pas moins française que ceux qui me refusent le droit de m'exprimer.
À l'heure où des Français viennent de trouver la mort en Afghanistan, le moment de remettre en cause le défilé militaire du 14 Juillet est-il bien choisi ?
On a insinué que je faisais peu de cas des morts en Afghanistan. La vérité est tout autre : je défends depuis longtemps l'idée du retrait de nos troupes. Je n'accepterai donc pas l'idée selon laquelle leur sort et, au-delà, celui de toutes nos troupes engagées dans des opérations militaires m'indiffèrent. J'ajoute que l'instrumentalisation des victimes pour me réduire au silence a quelque chose d'indécent. Je veux redire ici mon plus profond respect pour ceux qui risquent leur vie pour la France. Je ne suis pas antimilitariste. En me prononçant pour un défilé citoyen, j'ai voulu signifier que la célébration du 14 Juillet devait engager davantage l'ensemble de la communauté nationale. Comment mieux associer les citoyens au 14 Juillet ? À partir de cette question, j'ai entamé un dialogue avec les Français, sur ce que doivent être les symboles d'un nouvel essor de la République.
La gauche et la droite sont unanimes contre votre proposition. Que cela vous inspire-t-il ?
Peu importe que la classe politique me décerne un brevet de respectabilité. L'essentiel est ailleurs. Je ne cherchais ni à polémiquer ni à m'assurer l'onction de tel ou tel politique. Cependant, je note que Alain Dolium, du MoDem, a défendu mon droit à ouvrir le débat et que Jean Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, s'est déclaré favorable à un défilé citoyen. Je peux comprendre la prudence de Martine Aubry ou de Ségolène Royal. Mais le débat ne fait que commencer parce qu'il ne se limite pas au symbole du 14 Juillet. Je veux que la République retrouve l'esprit de ses origines, car je suis préoccupée par le recul de l'idée républicaine dans notre pays. Sur cette vision, je ne pense pas être isolée. Ce sera l'un des enjeux de la campagne qui s'ouvre.

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