Selon certaines estimations de l'Allemagne, l'argent non déclaré et placé en Suisse par ses ressortissants atteindrait 160 milliards d'euros. Combien le fisc allemand a-t-il donc perdu depuis une décennie ? Berlin vient de présenter la note à Berne. Ou du moins, elle lui propose un arrangement : que les banques helvétiques lui versent dix milliards d'euros, et les deux États pourront redevenir de bons amis.
Cette injonction peut-elle aboutir ? Apparemment oui, l'Allemagne étant de très loin le principal partenaire commercial de la Suisse. En 2009, le volume des échanges entre les deux pays voisins a porté sur 80 milliards d'euros : les importations d'Allemagne représentent plus que toutes celles d'Italie, de France, des États-Unis et des Pays-Bas réunis. Sans oublier que la compagnie aérienne Swiss a été rachetée par Lufthansa en 2005. Les entretiens exploratoires entre la Suisse et l'Allemagne, que Le Point.fr a pu consulter, évoquent une "régularisation du passé". Berne mentionne des "avoirs déposés dans des banques en Suisse n'étant pas ou pas entièrement conformes fiscalement".
"Montant à neuf chiffres"
Les Allemands ne partent pas seuls au combat. Ils sont suivis des Britanniques, qui estiment pour leur part les avoirs non déclarés de leurs sujets à 55 milliards d'euros, placés dans les établissements financiers de Zurich, Genève et Lugano. Les Grecs y pensent aussi : Athènes espère récupérer une partie des 12 milliards d'euros qui ont pris le chemin de la Confédération. La France se mêlera-t-elle au combat ?
Quoi qu'il arrive, l'ardoise risque d'être salée pour les banques helvétiques. SwissBanking, l'association suisse des banquiers précise : "Nous tablons au moins sur un montant à neuf chiffres [en francs suisses]". Mais cette "amende", qui punit les établissements bancaires, ne s'en prend pas aux fraudeurs eux-mêmes. "Il faut s'attendre à ce que les banques [suisses], à leur tour, se retournent vers leurs clients", estime Patrick Michaud, avocat fiscaliste international installé à Paris.
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