Rupert Murdoch a présenté vendredi des excuses et a sacrifié sa fidèle collaboratrice Rebekah Brooks, jusque-là patronne de la branche britannique de son groupe News Corp, dans une nouvelle tentative d'éteindre le scandale des écoutes téléphoniques imputées à News of the World. L'empire médiatique de l'homme d'affaires australo-américain est fragilisé dans tout le monde anglo-saxon. Comme Rebekah Brooks, Les Hinton, qui accompagne Rupert Murdoch depuis plus d'un demi-siècle, a démissionné vendredi de la direction de Dow Jones, filiale de News Corp aux États-Unis qui publie notamment le Wall Street Journal. Il a dirigé News International avant Rebekah Brooks.
Rupert Murdoch a diffusé un texte signé de sa main dans tous les journaux de Grande-Bretagne ce week-end. "L'activité de News of the World consistait à placer les autres devant leurs responsabilités. Il a échoué lorsqu'il s'est agi de lui-même", écrit Rupert Murdoch dans ce document titré "Nous sommes désolés". "Nous sommes désolés pour les graves méfaits survenus. Nous sommes profondément désolés pour les souffrances subies par les personnes concernées", ajoute-t-il, en assurant : "Nous prenons des mesures concrètes pour régler ces problèmes et réparer les dégâts qu'ils ont provoqués."
Les révélations sur les méthodes de News of The World et d'autres journaux de News International, branche britannique de News Corp, ont suscité une indignation générale en Grande-Bretagne. Elles ont déjà contraint Rupert Murdoch à renoncer au moins provisoirement à son projet d'acquisition du bouquet de chaînes satellites BSkyB dans le cadre d'une transaction de près de 10 milliards d'euros. L'homme d'affaires a aussi fait brutalement disparaître dimanche dernier News of The World, après 168 ans d'existence. Après avoir résisté pendant plusieurs jours avec le soutien de Rupert Murdoch, Rebekah Brooks, 43 ans, a pour sa part démissionné de son poste de directrice générale de News International, a annoncé vendredi News Corp. Rupert Murdoch a pourtant tenté de la protéger dans la tempête, au point de la présenter comme sa priorité première lorsqu'il a débarqué dimanche dernier à Londres pour tenter d'éteindre l'incendie.
David Cameron satisfait
La situation était devenue difficilement tenable : Rebekah Brooks, considérée comme l'une de ses plus proches conseillères et protégées, était rédactrice en chef de News of the World lorsqu'ont été commises certaines pratiques parmi les plus graves dénoncées depuis le début du scandale. De nombreux journalistes qui ont brutalement perdu leur emploi du fait de la fermeture du tabloïd affirment que la décision d'en finir avec leur hebdomadaire ne visait qu'à protéger Rebekah Brooks. Dans la classe politique, plusieurs élus, de la majorité comme de l'opposition, réclamaient son départ. Même le Premier ministre David Cameron estimait cette semaine que sa démission se justifiait. "Il pense qu'il s'agit de la bonne décision", a réagi son porte-parole après l'annonce de cette démission.
Ami de Rebekah Brooks et de son mari, David Cameron est lui-même en difficulté dans cette affaire pour avoir recruté en tant que directeur de sa communication puis conseiller à Downing Street un autre ancien rédacteur en chef de News of the World, Andy Coulson, qui a démissionné depuis et fait l'objet de poursuites judiciaires. "Ma volonté de rester sur le pont a fait de moi un point central dans le débat. Cela détourne à présent l'attention des efforts honnêtes que nous avons entrepris pour régler les problèmes du passé", écrit Rebekah Brooks dans un message au personnel de News International. "Par conséquent, j'ai remis ma démission à Rupert et James Murdoch", ajoute-t-elle avant d'exprimer "un profond sentiment de responsabilité à l'égard des gens qu('ils ont) heurtés".
Enquête aux États-Unis
Rebekah Brooks, qui a passé plus de vingt ans au sein du groupe de presse de Rupert Murdoch, sera remplacée par Tom Mockridge, jusque-là directeur général de Sky Italia. "Je crois que Tom est la meilleure personne pour que la société connaisse un avenir radieux", a déclaré James Murdoch, fils de Rupert Murdoch qui dirige les activités de News Corp en dehors des États-Unis. Aux États-Unis, Les Hinton, 67 ans, a emboîté le pas de Rebekah Brooks en raison des critiques qui ont commencé à le viser lui aussi. "Le fait que j'ignorais ce qui semblait se passer n'a pas d'importance et, dans les circonstances actuelles, il me semble que la décision appropriée pour moi est de démissionner de News Corp et de présenter mes excuses aux personnes blessées par les actes de News of the World", écrit Les Hinton dans sa lettre de démission. Le scandale porte sur des accusations de piratage, par News of the World et avec l'aide d'enquêteurs privés, des messageries téléphoniques de milliers de personnes - des protagonistes de faits divers, des vedettes, des proches de militaires tués en Afghanistan et même, peut-être, de responsables de la police - et le fait d'avoir corrompu des policiers pour obtenir des scoops.
L'enquête a débuté en 2005 avec la publication dans News of the World d'un article sur une blessure au genou du prince William. La famille royale avait alors soupçonné des écoutes téléphoniques et l'enquête de police avait abouti à la condamnation à des peines de prison, en janvier 2007, du correspondant du NoW chargé de l'actualité royale et d'un détective privé. Mais de nouvelles révélations ont relancé l'affaire, qui touche également les États-Unis, où le groupe Murdoch, coté à Wall Street, est très implanté (il possède notamment la chaîne Fox, le Wall Street Journal et le tabloïdNew York Post). Le FBI a annoncé jeudi qu'il enquêtait sur de possibles piratages des messageries téléphoniques de victimes des attentats du 11 Septembre.
REGARDEZ la lettre de Rupert Murdoch publiée dans la presse britannique ce week-end :
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