Le bras de fer sur le relèvement du plafond de la dette américaine s'est poursuivi vendredi aux États-Unis entre le camp démocrate et les républicains, majoritaires à la Chambre des représentants. Le Sénat, où les démocrates sont majoritaires, a sans surprise rejeté par 59 voix contre 41 la proposition de loi républicaine votée un peu plus tôt par la Chambre des représentants. Le texte adopté par la Chambre, où les républicains sont majoritaires, prévoyait 917 milliards de dollars d'économies sur les dix prochaines années ainsi qu'un relèvement pour quelques mois seulement du plafond de la dette d'un montant de 900 milliards de dollars, avant une nouvelle décision au printemps 2012, en pleine année électorale. Exactement ce que veulent éviter Obama et les démocrates.
Le Trésor, qui a atteint son plafond d'endettement en mai et a besoin du feu vert du Congrès pour emprunter davantage, a averti qu'il serait à court d'argent à la date butoir du mardi 2 août, ce qui fait courir aux États-Unis le risque d'un défaut de paiement vis-à-vis de leurs créanciers, d'un abaissement de leur note souveraine et de graves dysfonctionnements dans les versements fédéraux. Appelant une nouvelle fois les responsables politiques des deux bords à trouver un compromis, Barack Obama a prévenu que les querelles politiques pourraient provoquer la perte du triple A des États-Unis, leur note souveraine qui leur permet de se financer à des taux avantageux. Si le pays perd son triple A, a expliqué le président démocrate, ce sera "parce que nous n'avons pas un système politique AAA à la hauteur de notre note souveraine".
La Chine dénonce une "farce"
Tard vendredi soir, le chef de file de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a cédé un peu de terrain en révisant sa proposition afin d'y intégrer des éléments suggérés par le républicain Mitch McConnell. Cette nouvelle version donnerait au président Obama l'autorité - mais aussi la responsabilité - de relever en trois temps le plafond de l'endettement. Mais aucun signe n'annonce un accord proche. "Ils refusent de négocier avec nous, tout ce qu'ils font, c'est de parler", a déploré Reid. À ce stade, il semble aujourd'hui pratiquement impossible que le Congrès se mette d'accord sur un texte susceptible d'être transmis à Obama lundi soir. Et ce jeu politique qui s'éternise provoque l'inquiétude des marchés, mais aussi des acteurs de l'économie mondiale.
Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, a estimé vendredi que les États-Unis jouaient avec le feu. La Chine, premier créancier des États-Unis, s'inquiète. Elle dénonçait vendredi par le biais de l'agence officielle de presse Chine nouvelle une économie mondiale "prise en otage" par des "jeux politiques dangereusement irresponsables". Samedi, le Quotidien du peuple déplore que la perspective de l'élection présidentielle de 2012 paralyse démocrates et républicains, les deux camps se refusant à tout compromis de peur d'aborder la campagne dans une position affaiblie. "La farce qui se déroule sur la scène politique américaine a montré au monde entier où sont les problèmes politiques des États-Unis", poursuit le quotidien officiel.
Moody's rassure
L'urgence qu'il y a à trouver une solution a été mise en exergue vendredi avec la publication des chiffres du PIB américain : non seulement la progression a été moindre qu'attendu au deuxième trimestre (+1,3 % en rythme annualisé), mais en plus les données du premier trimestre ont été fortement révisées à la baisse (0,4 % au lieu de 1,9 % annoncé précédemment). À New York, l'agence de notation Moody's a cependant apporté un peu de répit aux marchés - Wall Street vient de vivre sa pire semaine en un an - en annonçant vendredi qu'une absence d'accord à Washington ne provoquerait sans doute pas immédiatement la dégradation de la note souveraine AAA des États-Unis. Une perte du triple A, que les trois principales agences de notation accordent à la note de la dette souveraine américaine, provoquerait une hausse des taux d'intérêt aux conséquences semblables à celles d'une augmentation des impôts qui toucherait tous les Américains.
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