Comment enrayer la crise de la dette européenne ? La question tourne à l'obsession tandis que le second plan de sauvetage de la Grèce du 21 juillet n'a pas produit les effets escomptés. Après la Grèce, l'Irlande et le Portugal, c'est en effet au tour de l'Italie et de l'Espagne de susciter la défiance des investisseurs. Ces derniers refusent d'acheter leur dette sans être rémunérés par des taux d'intérêt élevés. Face à l'échec des mesures précédentes, les dirigeants européens doivent envisager des solutions radicales qu'ils refusaient jusqu'ici d'évoquer. Plusieurs tabous, qu'ils soient politiques ou économiques, doivent être brisés avant toute mise en oeuvre. Revue de détail.
RENFORCER LE FONDS DE SOUTIEN EUROPÉEN
Créé en mai 2010 après la mise sur pied du premier plan de sauvetage de la Grèce, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est capable d'emprunter au meilleur taux sur les marchés grâce à la garantie apportée par les États sains de la zone euro qui y participent. L'objectif : prêter aux pays en difficulté ou acheter de la dette sur le marché secondaire ou directement lors d'une émission de dette. Mais la capacité d'emprunt du FESF - 440 milliards d'euros - serait insuffisante pour sauver des pays comme l'Espagne et l'Italie.
Dans une lettre adressée aux dirigeants de la zone euro, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a donc plaidé pour une augmentation des garanties à sa disposition. Mais cela ne va pas sans réserve. Car les interventions du fonds alourdissent la dette des pays qui y participent. Le plan en faveur de la Grèce décidé le 21 juillet dernier coûtera par exemple 15 milliards d'euros à la France d'ici à 2014, selon le Premier ministre François Fillon. Et pour l'Allemagne, cette contribution est encore plus élevée, ce qui explique sa réticence à aller plus loin. "Le Fonds européen de stabilité fonctionne comme une assurance : lorsqu'il y a beaucoup de sinistres, soit il faut augmenter les primes des pays sains, soit ça ne marche plus", décrypte Éric Dor, professeur à l'IESEG. Or, l'Espagne et l'Italie, elles-mêmes en difficulté, pourraient avoir du mal à assumer leur participation... Pour Charles Wyplosz, professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, il est de toute façon inutile de vouloir racheter par morceaux la dette des pays menacés. Une fois ces achats passés, les marchés se remettent à douter. C'est donc tout le stock de dette des pays fragiles qu'il faut traiter. Soit 3 350 milliards d'euros, 35 % du PIB de la zone euro ou 130 % du PIB de l'Allemagne rien que pour la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie. Selon ce spécialiste, le FESF sera donc très vite hors jeu. Le seul acteur qui puisse gérer cette situation, c'est la Banque centrale européenne (BCE), pointe-t-il.
MONÉTISER LA DETTE PUBLIQUE
L'institution de Francfort pourrait soulager en partie les pays très endettés en monétisant la dette publique. Elle a déjà commencé à le faire à partir de mai 2010 en rachetant sur le marché secondaire de la dette publique de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal, alors qu'elle s'était interdit jusque-là une telle pratique. Elle le fait aussi indirectement à chaque fois qu'elle refinance le secteur bancaire privé en échange de titres de dette, y compris ceux de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal considérés comme plus risqués. Mais son action est encore homéopathique, contrairement à celle de la Banque centrale américaine (Fed) ou de la Banque d'Angleterre qui achètent massivement des bons du Trésor. Pour être efficace, la BCE devrait procéder à des rachats beaucoup plus massifs. Et inclure tous les pays en difficulté, y compris l'Italie et l'Espagne. Ce qu'elle refuse pour l'instant de peur de provoquer un regain d'inflation.
ACCEPTER L'INFLATION
À petites doses, l'inflation pourrait pourtant s'avérer très bénéfique. L'idée avait été lancée en février 2010 par le chef économiste du FMI, le Français Olivier Blanchard. À titre personnel, il a proposé de viser une inflation de 4 % plutôt que de 2 %, l'objectif actuellement assigné à la BCE. Cela permettrait aux États de rembourser leur dette plus facilement : au bout de quelques années, en monnaie de singe. En ce sens, ce n'est pas une solution immédiate, mais une façon d'alléger le poids de la dette à moyen terme. Le risque : provoquer un transfert d'argent injuste des épargnants vers les débiteurs. Keynes avait parlé "d'euthanasie des rentiers". C'est "une arme très dangereuse, car l'inflation est incontrôlable", prévient Gunther Capelle-Blancard, professeur à l'université Paris I. Car une fois les prix repartis à la hausse, la hausse s'autoalimente par le mécanisme de l'indexation des salaires sur les prix. L'Allemagne, encore marquée par le dérapage inflationniste entre les deux guerres, ne veut pas en entendre parler. Également hostile à cette option, Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, résume : "L'inflation, c'est comme le dentifrice, une fois qu'elle est sortie de son tube, impossible de la faire rentrer dedans." D'autant que la tendance non inflationniste de la mondialisation - qui a tiré les prix vers le bas grâce aux biens peu chers importés des pays émergents - pourrait s'inverser avec l'augmentation du prix des matières premières, des transports et les hausses de salaire en Chine. Prudence, donc.
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