Alors que le compteur de la dette américaine tourne toujours, Barack Obama a présenté dimanche un plan de relance de l'économie. Compromis a minima pour certains, cet accord reste néanmoins la promesse d'un soulagement immédiat pour les Américains.
Mais cette annonce est loin de mettre un terme au débat. Le projet inclut certes une élévation du plafond de la dette, mais aussi et surtout une réduction des dépenses qui s'annonce problématique. 2 500 milliards de dollars en tout, voilà ce que les Américains devront économiser dans les dix ans à venir. 1 000 milliards de dollars vont être directement débloqués. Quant aux 1 500 milliards de dollars restants, une commission spéciale bipartite sera chargée de répartir les coupes budgétaires entre les secteurs. Démocrates et républicains ont évidemment chacun leurs "domaines de prédilection", qu'ils s'attacheront à protéger. C'est donc une nouvelle bataille qui s'engage au Congrès. Elle s'annonce sanglante. Trois domaines sont particulièrement exposés : le budget de la défense, le système de santé et les contribuables de la tranche la plus élevée.
La défense, un enjeu stratégique
Barack Obama a les poings liés. À son arrivée à la Maison-Blanche en 2008, il hérite d'une situation budgétaire catastrophique, en partie justifiée par les dépenses de guerre extraordinaires liées à l'engagement des États-Unis en Irak et en Afghanistan. Selon son administration, plus de 1 400 milliards de dollars de dette seraient à imputer à ces deux conflits. Le président actuel aura beau blâmer son prédécesseur, il lui faudra toutefois combler rapidement cette dépense. Les républicains ne transigeront pas sur la sécurité du pays. "Le projet de d'accord sur la dette présenté par le sénateur démocrate Harry Reid prévoyait des coupes drastiques dans le budget de la défense. Il a été massivement rejeté par les Républicains", rappelle Charlotte Lepri, chercheuse à l'Iris (Institut des relations internationales et stratégiques).
Les États-Unis sortent progressivement la tête du bourbier au Moyen-Orient, mais ils ne sont pas tirés d'affaire. Barack Obama souhaite accélérer le processus de retrait des troupes d'Irak et d'Afghanistan. C'était une promesse de campagne. "Si la commission bipartisane ne parvient pas à se mettre d'accord, un certain nombre de coupes automatiques auront lieu. 50 % d'entre elles concerneraient le budget de la Défense". Soit environ 600 milliards d'euros sur 10 ans. "Elles sont inévitables", renchérit la chercheuse. "La nomination de Leon Panetta à la tête du Pentagonen'était pas anodine. Il a fait ses preuves dans l'administration Clinton, son arrivée annonçait en elle-même des restrictions dans les domaines."
Taxer les plus riches ou toucher au social ?
Potentiellement visé par ces "coupes techniques", corollaires à chaque réduction budgétaire, le système de santé américain est le domaine réservé du président. Il a fait de la réforme Medicare son cheval de bataille depuis son élection. Comme le souligne Nicholas Dungan, conseiller spécial auprès de l'Iris, les Américains ont l'un des systèmes de santé les plus coûteux et les moins efficaces. Un habitant paye en moyenne le double d'un Français en dépense annuelle, alors que les États-Unis demeurent l'un des pays industrialisés où l'on vit le moins longtemps. Sur le papier, hors de question pour Barack Obama de faire marche arrière, malgré les pressions contraires des républicains.
La ligne démocrate tente donc de rediriger le débat vers l'économie "facile" que représenterait une taxation des "loopholes", sortes de niches fiscales à l'américaine, des no-man's land financiers qui profitent aux plus riches. Politiquement, s'attaquer seul à ces îlots détenus par les Américains les plus puissants "n'était pas possible" actuellement, selon Nicholas Dungan. Reste l'augmentation de l'impôt sur le revenu. Aux États-Unis, seule une très courte majorité des travailleurs paye cet impôt. Mais cette "majorité", c'est celle que représentent les républicains. John Boehner, sénateur républicain et porte-parole de la Chambre des représentants, s'est publiquement opposé à un projet de relèvement de la dernière tranche d'impôt, que certains millionnaires appellent pourtant de leurs voeux.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire