L'ambiance était fébrile, jeudi, quelques heures après l'ouverture des journées d'été d'Europe Écologie-Les Verts. Dans son discours d'ouverture, Cécile Duflot, la patronne du parti, a bien sûr joué les rassembleuses et soutenu les positions de la candidate fraîchement intronisée, Eva Joly, face aux attaques de l'incontrôlable Daniel Cohn-Bendit, qui, décidément, est opposé au principe d'une candidature écologiste à la présidentielle.
Mais cela ne suffira pas. Quelques semaines après la très nette victoire d'Eva Joly à la primaire, le camp Hulot n'est pas encore venu à bout de sa "déprime collective". Cerise sur le gâteau : mercredi, dans Libération, est paru le journal de campagne - plutôt un "journal intime", commentent certains - d'un proche de Hulot écoeuré, répondant à un nom de circonstance : Mathieu Orphelin. Commentaire dépité : "Ce n'est vraiment pas une bonne idée. On a l'air de régler nos comptes, de faire des coups bas, alors que c'est là tout ce qu'on a reproché à l'équipe Joly. D'ailleurs, il n'y a même pas d'analyse politique..." Ambiance.
Réunion entre hulotistes
Certains ont donc choisi de ne pas venir à Clermont-Ferrand, à l'image de Hulot lui-même, toujours réfugié dans sa maison familiale de Saint-Lunaire. On remarquera bien sûr l'absence d'Orphelin, mais aussi d'Annabelle Jaeger, ancienne codirectrice de campagne de Hulot, ancienne membre de la Fondation Nicolas Hulot. Quant à ceux qui sont venus - l'eurodéputé Jean-Paul Besset, Pascal Durand, Sandrine Bélier, Christophe Rossignol, entre autres -, ils gardent le sentiment amer d'un "retour en arrière", l'impression d'être revenus au temps des divisions. Reste que certains préparent le terrain pour la discussion autour des conditions d'un éventuel soutien actif à la campagne d'Eva Joly. "Il y en a qui ont déjà refusé des postes qui leur ont été proposés", nous confie-t-on.
Pour l'heure, le temps est donc à la consolation. Jeudi soir, ces ex-hulotistes étaient réunis à huis clos, en présence de militants et d'adhérents, pour revenir sur les ratés de la campagne, avec une analyse commune : le manque de temps. "Il y aura sûrement aussi quelques personnes qui exprimeront de la rancoeur envers le camp Joly, mais on ne veut pas que les gens retiennent cela", nous expliquait-on, peu avant la rencontre. L'autre objectif : panser les plaies. Et aussi : la raison de l'absence de Hulot. Déception, amertume ou simple temps de réflexion, selon certains,l'ex-candidat à la primaire n'a publié un communiqué annonçant son absence que deux jours avant l'ouverture des journées d'été. "C'est parce qu'il hésitait", assure un soutien. Certes, mais la rumeur circulait depuis plusieurs semaines déjà, et la froide "bienveillance" de Hulot a été interprétée comme un coup bas.
Hulot aurait "pris goût" à la politique
Reste que l'ex-présentateur vedette n'a pas choisi de sortir complètement du champ politique. Le Breton était pourtant décrit comme trop tendre pour en faire, trop humain pour encaisser les "scuds", trop transparent pour faire campagne. Pour Christophe Rossignol, chargé de la mobilisation des élus auprès de Hulot, il y a une explication à cette persévérance, pour le moins surprenante : "Il y a pris goût, contrairement à ce qu'on peut penser. Il a simplement manqué de temps. Mais cela lui a plu de faire du terrain, de serrer des mains. Il a été séduit par l'accueil." On dira que le seau d'épluchures de carottes et de pommes de terre reçu sur la tête à Saint-Julien-des-Landes n'était qu'une exception...
Selon Rossignol donc, il paraît clair que Hulot "respectera ses engagements". Comprendre : il appellera (vraiment) à voter Joly. Alors quand ? Pourquoi pas maintenant, puisque les journées d'été sont censées lancer la campagne de Joly ? "Il fallait un temps de décence. Et puis, il nous faut une grande occasion, un moment pour l'annoncer." D'ici là, il fait partie de ceux qui pensent qu'il faut d'ores et déjà "organiser (la campagne de Joly)". Reste un problème de taille. Puisque Hulot a refusé d'être le porte-parole d'Eva Joly, quel rôle pourrait-il tenir ? D'autant que l'écolo préféré des Français affirme "ne plus vouloir parler que d'écologie". Un problème a priori insoluble auquel il est sans doute en train de réfléchir, à Saint-Lunaire.
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