Il y a un siècle, le 21 août 1911, la Joconde était volée au Louvre. À l'occasion de cet anniversaire, retour en dix questions sur le tableau le plus célèbre du monde.
Celui-là seul pouvait prétendre au titre de vol du siècle. Le 21 août 1911, un ouvrier italien, Vincenzo Perugia, pénètre dans le musée, soulève la vitrine qui protège depuis peu l'oeuvre (et qu'il a contribué lui-même à poser), la décroche, se débarrasse du cadre et rentre chez lui le panneau sous le bras. Le vol est constaté plusieurs heures plus tard. "La police suit deux mille pistes différentes, certaines pendant quelques heures, d'autres pendant quelques jours", raconte Jérôme Coignard, auteur d'Une femme disparaît (éd. Le Passage)... en vain. Ce n'est qu'en 1913, lorsque le voleur essaiera de vendre l'oeuvre à Florence, qu'on en retrouvera la trace. Jugé en Italie, Perugia avance, pour sa défense, l'argument du geste patriotique : il voulait "rendre" la Joconde à son pays d'origine.
Difficile de savoir qui, parmi les 7,8 millions de visiteurs annuels des collections permanentes du Louvre, s'y rend expressément pour méditer sur le sourire, les yeux ou la carnation de Monna Lisa. Mais la salle des États, entièrement restaurée en 2005 pour accueillir l'oeuvre-star du musée, est un passage obligé. Les embouteillages permanents qui s'y créent la rendent même difficile à parcourir et, glisse-t-on à la direction, à entretenir comme il se doit.
L'épaisse vitrine qui abrite la Joconde est la zone la plus surveillée du musée, et le tableau, le mieux protégé de tous : il vit sous le regard permanent d'une demi-douzaine de personnes, qui se relaient dans la salle et devant les terminaux des caméras de surveillance. S'y ajoutent les conservateurs et le personnel du service scientifique qui, une fois par an, le décrochent pour l'examiner et vérifient que son caisson l'isole des vibrations, des variations d'humidité et des changements de température.
On ignore dans quelles circonstances précises François Ier acquit la Joconde, vers 1518. Mais, dès cette époque, elle est vue comme une oeuvre d'une perfection inégalée, et fait l'objet d'une admiration unanime. À ce titre, elle est présentée dans les appartements du roi à la cour de Fontainebleau, puis exposée à Versailles avant de rejoindre les collections du Museum central des arts au Louvre, le 12 août 1797.
Monna Lisa est depuis le XVIe siècle l'objet de toutes les admirations. Sa renommée s'étend au XIXe, lorsque se diffusent des reproductions gravées du tableau, et plus encore au moment du vol de 1911 : les journaux du monde entier ne parlent plus que d'elle. "On apprend alors qu'elle reçoit quantité de lettres enflammées", raconte Jérôme Coignard. Aujourd'hui encore, des courriers passionnés continuent d'arriver au Louvre. Mais la surveillance extrême sous laquelle la Joconde est placée la prémunit contre un acte de folie plus concret... ou presque : dans les années cinquante, un Italien jette une pierre sur la vitrine, et le verre brisé abîme légèrement le tableau.
Par deux fois au cours du XXe siècle, la Joconde a été prêtée : en 1963 aux États-Unis et en 1974 au Japon. Lors de ce second prêt, elle fait une escale triomphale à Moscou - l'URSS a soumis à cette condition le laissez-passer, dans son espace aérien, de l'avion qui transportait le tableau à Tokyo. Ces voyages seront probablement les derniers : les déplacements ont endommagé le tableau, dont le dos s'est légèrement bombé avec les années et où une légère fissure a été constatée.
Le mystère de la Joconde n'est pas tout entier dans son sourire et la technique picturale de Léonard qui aiguise les curiosités. En 2005, une étude canadienne montrait l'extrême uniformité de la couche de pigments, indiquant qu'aucun coup de pinceau n'y était perceptible. Trois ans plus tard, l'énigme "sfumato", par laquelle Léonard estompait les contours, est percée : une équipe de scientifiques réussit, en recourant à une caméra multispectrale, à montrer l'existence d'un glacis, inventé à l'époque par les peintres flamands, et fait d'une superposition de couches de terre d'ombre, une ocre contenant un peu de manganèse. Selon cette même étude, la seconde couche serait faite d'un mélange de vermillon et de blanc de plomb.
Rendre au ciel sa couleur bleue, redonner de l'éclat aux manches de la robe, à la carnation du visage et des mains : l'idée d'une restauration du tableau a parfois été avancée, mais la subtilité des superpositions de couches qui en font la beauté rend l'opération périlleuse. Le tableau porte cependant, sur son revers, deux marques importantes d'intervention : en 1951, le panneau a été doté d'un châssis en chêne, et une fente de 11 centimètres a été stabilisée, par le passé, au moyen de deux papillons à queue d'aronde, dont l'un a ensuite disparu.
Sur la foi du peintre renaissant Giorgio Vasari, qui a décrit l'oeuvre, on a longtemps identifié dans le modèle de Léonard de Vinci Lisa Del Giocondo (Gherardini), femme d'un riche marchand de Florence. Mais de nombreuses autres hypothèses ont été (et continuent d'être) formulées : Isabelle d'Este, Catherine Sforza, une maîtresse de Julien de Médicis, la mère du peintre... Il a même été avancé que le portrait pouvait être celui d'un homme : un autoportrait, ou une représentation de Salai, le jeune apprenti de Léonard dont il aurait été l'amant. La jeune femme pourrait aussi bien être une femme idéale, "heureuse", comme le mot de "gioconda" le laisse également entendre. Du moins le modèle a-t-il toutes chances d'être florentin.
Le premier détournement célèbre du tableau de Léonard est dû à Marcel Duchamp, qui l'affuble de moustaches et lui donne l'allographe de L.H.O.O.Q. Les artistes qui l'ont reprise, fêtée ou travestie sont légion, de Basquiat à Botero, en passant par Dali ou encore Fernand Léger. Warhol la comparaît à la bouteille de Coca, non sans raison : dans l'univers marketing, Monna Lisa explose tous les records. Elle se décline en tout, partout et tout le temps, sur des mugs, des tee-shirts, des timbres, des coussins et des chocolats. Signe universel, et universellement opérant.
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