À Salta, la brigade d'investigation assure, non sans fierté, qu'elle a bouclé son enquête sur l'agression de Cassandre et d'Houria, qui a eu lieu le 15 juillet dernier. À ce stade, la justice argentine dispose de nombreux éléments tangibles : la date de la mort, qui remonte au 15 ou au 16 juillet, le mobile du crime, vraisemblablement sexuel, et huit inculpés, dont trois assassins présumés et cinq complices. Les analyses des échantillons d'ADN prélevés sur les corps révèlent par ailleurs que Cassandre a été violée par plusieurs hommes, avant de recevoir une balle dans la tête.
Même si les preuves semblent solides, face au juge Martin Perez, les principaux suspects restent muets. Gustavo Lasi, jeune guide touristique de Salta dont le sperme a été retrouvé sur le corps d'Houria et identifié le 15 août, a évité son interrogatoire. "Il n'est pas en bonnes conditions psychologiques pour faire sa déposition. Il le fera peut-être vendredi ou la semaine prochaine", s'excuse son avocat Horacio Morales, qui minimise les résultats du test ADN. "Pour l'instant, ce n'est qu'un indice, une preuve à charge. Il n'y a aucune certitude." Sur huit inculpés, seuls les proches de Gustavo Lasi ont confessé les faits : sa petite amie, Maria Fernanda, qui a raconté comment il lui a offert le téléphone portable et l'appareil photo des Françaises ; et son père, Walter Lasi, soupçonné d'avoir caché l'arme du crime.
"Enquête biaisée"
Selon le journaliste argentin Ignacio Ramirez, "dès le début, l'enquête a été biaisée. La police a multiplié les erreurs, voire les bavures. Par exemple, les policiers qui ont saisi une arme de calibre 22 chez l'inculpé Raúl Sarmiento ont effectué eux-mêmes une analyse balistique informelle. Par ailleurs, plusieurs suspects relâchés ou encore détenus dénoncent les mauvais traitements de la police." Les conditions de l'arrestation de ce jardinier de 45 ans prêtent également au débat. Le 4 août, la police promet : "Nous allons arrêter le coupable. Il a une arme de calibre 22 et a déjà purgé une peine pour viol."
Quand les policiers perquisitionnent le domicile de Raúl Sarmiento, un caméraman d'une chaîne de télévision argentine s'étonne de la mise en scène de l'opération. Les enquêteurs disent avoir trouvé plusieurs armes de calibre 22 chez Raúl Sarmiento, relâché le 4 août et finalement inculpé le 14 août. Aujourd'hui, l'homme accuse la police d'avoir placé chez lui l'un des revolvers incriminés.
Enjeu diplomatique
D'autres zones d'ombre subsistent. Comment des meurtriers sans antécédent judiciaire ont-ils pu tuer de sang-froid ? Pourquoi ont-ils jeté les cadavres à seulement cinq mètres du Mirador, où défilent une centaine de touristes par jour ? L'une des armes du crime, la carabine de calibre 22, serait passée, selon la police de Salta, entre plusieurs mains. Lesquelles ? Pourquoi Gustavo Lasi aurait-il allumé le portable d'Houria quelques minutes seulement après le crime, au risque d'être repéré ? Aussi, les inculpés s'échinent à brouiller les pistes en affirmant notamment qu'ils ont vu une tente dans la zone du Quebrada de San Lorenzo et quatre touristes de Córdoba entrer sur le chemin de randonnée juste après Cassandre et Houria.
Une chose est sûre, l'affaire est extrêmement sensible sur le plan politico-diplomatique. Dès la découverte des corps, le 29 juillet, le chef d'État Nicolas Sarkozy suit de près les avancées. Il téléphone plusieurs fois à la présidente argentine Cristina Kirchner. Elle-même appelle le gouverneur de Salta, Juan Manuel Urtubey, un allié politique. L'Argentine est en pleine campagne législative et présidentielle. Et le ministre de la Sécurité de Salta brigue un poste de député national. Dès le 30 juillet, Juan Manuel Urtubey promet de faire toute la lumière sur le crime. Selon un journaliste local, il met tout son poids politique pour presser les policiers : "Vous avez 48 heures pour résoudre cette histoire." Tant les appels de Nicolas Sarkozy que l'arrivée sur place des proches de victimes condamnent les enquêteurs à obtenir rapidement des résultats. Puis des coupables.
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