Une simple déclaration non contraignante en lieu et place d'une résolution condamnant la Syrie. Voici ce vers quoi se dirige le Conseil de sécurité de l'ONU, après la tenue d'une réunion de consultation d'urgence en réponse à la violence sans précédentperpétrée ce week-end par le régime de Bachar el-Assad.Dimanche, au moins 140 civils ont été abattus par les forces de sécurité, dont au moins 100 à Hama, nouveau fief de la contestation dans le pays. Et ce n'est pas la célébration, lundi, du premier jour du mois sacré du ramadan qui a freiné les ardeurs de Damas : au moins 24 personnes ont été tuées par les forces de l'ordre, a révélé Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'homme.
"Le silence du Conseil de sécurité a encouragé la répression à se poursuivre", a résumé un diplomate occidental à la sortie de la réunion. Pourtant, l'Europe, menée par la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et le Portugal et soutenue par les États-Unis, a bataillé dur pour relancer son projet de résolution condamnant la répression en Syrie. De source diplomatique, on indique pourtant que la version révisée du projet est similaire au texte initial, l'actualisant simplement avec les événements les plus récents. Mais ce dernier ne comporte aucune référence à des sanctions contre la Syrie, ni à une saisine de la Cour pénale internationale (CPI) réclamée par les ONG.
"Refroidie par la Libye"
Mais l'Union européenne ne s'est pas arrêtée là et a ajouté, mardi, cinq personnes, dont le ministre de la Défense et le chef des services de renseignements de Hama, à la liste des Syriens soumis à un gel de leurs avoirs financiers, ainsi qu'à une interdiction de voyage. "Horrifiée" par la répression contre la population civile,l'Italie a, quant à elle, rappelé son ambassadeur à Damas, proposant à tous les autres membres de l'UE de faire de même. Mais comme en juin, le Vieux Continent se heurte une nouvelle fois à la Russie et à la Chine, toutes deux titulaires d'un droit de veto au Conseil de sécurité. Jugeant qu'une résolution stricto sensu serait "quelque peu excessive", l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a néanmoins laissé entendre que le Conseil de sécurité pourrait publier mardi une déclaration officielle appelant à l'arrêt des violences, une solution politique pacifique qu'il considère comme "satisfaisante".
"La Russie a été clairement refroidie par l'intervention militaire en Libye", explique Ignace Leverrier, ancien diplomate français et grand connaisseur de la Syrie. "Elle n'a pas pour habitude de s'ingérer dans les affaires d'autrui, notamment en matière de droits de l'homme, de peur d'en être victime un jour." Aux dires de cet ancien représentant, les Russes doivent également tenir compte de leur base militaire située dans le port syrien de Tartous, qui leur garantit un accès hautement stratégique à la Corne de l'Afrique. "Quant à la Chine, reprend le diplomate, elle a tendance à s'aligner sur les positions russes." Or, les deux pays ne sont pas isolés aux Nations unies.
"Pas d'urgence"
Plusieurs membres émergents, parmi lesquels le Brésil, l'Afrique du Sud et l'Inde, refusent, eux aussi, catégoriquement toute idée de résolution. "L'Afrique du Sud est traditionnellement non alignée, relève Ignace Leverrier. Le Brésil possède, lui, une forte communauté syrienne très puissante. Le cas de l'Inde est différent. Elle est candidate à un siège permanent au Conseil de sécurité et se doit ainsi d'afficher une position indépendante." Le pays vient d'ailleurs de prendre la présidence tournante du Conseil de sécurité de l'ONU, ce dont compte profiter Damas. En visite en Inde mardi, le vice-ministre syrien des Affaires étrangères a ainsi demandé à New Delhi de ne pas céder à la "désinformation pré-fabriquée et au mécanisme de propagande irréaliste contre la Syrie".
Une recommandation qui semble avoir été entendue avant même sa formulation. Lundi, à l'issue de la réunion à l'ONU, Hardeep Singh Puri, l'ambassadeur indien, qui préside le Conseil de sécurité en août, a ainsi indiqué que, malgré sa "préoccupation pour l'escalade de la violence" en Syrie, il n'y avait "pas d'urgence" à agir.
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