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mardi 30 août 2011

Quand le mammouth n'a plus que la peau sur les os

Quand le mammouth n'a plus que la peau sur les os


Les chefs d'établissement sont remontés comme des pendules. Le SNPDEN, leur syndicat majoritaire, effectuait sa rentrée, lundi. Il a dévoilé les résultats d'une enquête menée auprès de 1 500 établissements du second degré. Sous le titre très ironique "À quel prix les établissements vont-ils payer la rentrée techniquement réussie ?", le document égrène les moyens mis en oeuvre "sur le terrain" pour combler les manques laissés par les réductions d'effectifs (16 000 postes supprimés cette année, en tout 160 000 en 9 ans). 
Apparemment, pourtant, il ne se passe rien, ou si peu. Sur les 1 500 établissements sondés par le syndicat, la dotation horaire a baissé de 0,61 % par rapport à l'an dernier. Un frémissement, donc, sur la peau épaisse du mammouth. Mais ce "presque rien" n'est pas sans conséquence très concrète : en moyenne, explique didactiquement le document du SNPDEN, ces établissements comptent 42 postes d'enseignement. Révision générale des politiques publiques oblige, en moyenne, chacun doit supprimer 0,4 poste. Mais, et c'est là que les choses se corsent, cela va forcément tomber sur une discipline précise. Un enseignant va devoir partager son poste sur deux établissements : ce n'est pas terrible pour le travail en équipe ou la présence sur place, que l'on souhaite pourtant promouvoir, mais enfin, l'heure est aux choix douloureux ! Les heures restantes seront redistribuées aux professeurs de la discipline. Première traduction, donc : l'augmentation des heures supplémentaires. Elle est de 3,9 % cette année, souligne le secrétaire général du syndicat, Philippe Tournier, qui rappelle que les professeurs peuvent refuser de faire plus d'une heure supplémentaire. Or les lycées généraux et technologiques sondés ont déclaré en moyenne 2,2 heures supplémentaires par enseignant. 
Système de masse
Une fois épuisées les heures sup, les proviseurs ont utilisé leurs maigres marges de manoeuvre. Car depuis des années, l'Éducation nationale se veut plus attentive à la réalité des établissements. Les horaires des disciplines ne sont plus uniformes. Ce sont des fourchettes, que les chefs d'établissement sont libres de faire varier selon leurs besoins. Nombreux sont les élèves à souffrir de lacunes en français ? Un cours de soutien peut être mis en place. Le lycée souhaite améliorer son taux de passage en prépas scientifiques ? Il peut dédoubler les classes de terminale S pour une séance de travaux pratiques supplémentaire en physique-chimie. 
Les suppressions de postes ont de fait enterré ce bel effort pour introduire un peu de souplesse dans un système de masse. Premières victimes, en effet, selon l'enquête du SNPDEN : les séances en demi-groupe, où les élèves sont en général plus actifs. Plus de la moitié des lycées professionnels ont taillé dans ce vivier d'heures. C'est normal, ils en sont les premiers bénéficiaires. Sauf que ce n'était pas par hasard : difficile de faire un montage électrique ou de faire rissoler une sole en classe entière. Deuxième cible de choix : les cours de soutien, notamment au collège (un tiers des établissements en ont supprimé, selon l'enquête). Enfin, la réforme du lycée, qui banalisait dans l'emploi du temps deux heures dites d'accompagnement, a offert aux proviseurs de quoi faire aisément des économies sans toucher aux disciplines obligatoires ou facultatives. Tant pis pour la réforme et sa grande nouveauté, qui, nous promettait le ministère, allait révolutionner la manière de travailler des enseignants, leur permettre de comprendre que leur mission ne se limitait pas au seul cours magistral.
Suppression des projets éducatifs
Mais le pire est à venir. Dernier enseignement de l'enquête du SNPDEN, les établissements qui ont perdu le plus de moyens étaient, là encore logiquement, ceux qui en avaient reçu le plus. Autrement dit, les établissements de l'éducation prioritaire, y compris ceux estampillés "ambition réussite" puis Clair, ciblant les zones les plus déshéritées : "33 % d'entre eux vont tailler dans leurs dispositifs de remédiation (contre 27 % en moyenne) et 28 % vont supprimer des projets éducatifs (contre 23 % en moyenne). Enfin, 36 % vont supprimer des cours à effectifs réduits (contre 33 % en moyenne)." Selon Philippe Tournier, "cela ne se verra pas le 5 septembre, mais cela se verra forcément dans Pisa 2012 - l'enquête de l'OCDE sur les élèves de 15 ans." 
Une prophétie qui n'effraie pas le ministre. Car c'est tout ce qu'il souhaite : pas de vague. D'ailleurs, selon un conseiller, l'Élysée ne tarit pas d'éloges sur Luc Chatel et cette rentrée qui s'annonçait difficile est d'ores et déjà "techniquement réussie".

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