Les réactions socialistes n'ont pas manqué à l'issue du sommet crucial sur la dette, qui a réuni mardi Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à l'Élysée. Les euro-obligations, souhaitées par de nombreux économistes, mais rejetées par le couple franco-allemand lors de la réunion, ont cristallisé les colères de l'opposition contre le président. De même que l'instauration d'une "règle d'or" budgétaire européenne, chère à Nicolas Sarkozy. Le gouvernement français a en effet déjà fait voter le principe d'une "règle d'or" budgétaire, qui vise à inscrire dans la Constitution le retour progressif à l'équilibre budgétaire. Mais il s'est heurté à un tollé à gauche, dont les voix sont nécessaires au chef de l'État pour valider la loi.
Favori des sondages pour la primaire socialiste, François Hollande a ainsi jugé sur France 3 que Nicolas Sarkozy avait fait, mardi, un "grand pas en arrière" en renonçant à l'instauration des euro-obligations, cet instrument de mutualisation de la dette. L'élu corrézien a même dénoncé une "faute" du président français qui a "vraiment renoncé devant Angela Merkel à ce projet (...) qui tenait à coeur à tous ceux qui veulent lutter efficacement contre la spéculation", a-t-il jugé. Mais le socialiste a tout de même admis que Nicolas Sarkozy avait fait "un petit pas, celui pour la gouvernance économique de la zone euro", faisant allusion à la proposition de créer un "gouvernement de la zone euro". Le candidat à la primaire PS en a profité pour annoncer qu'il accélérerait la mise en place d'une taxation sur les transactions financières s'il était élu président de la République en mai 2012.
"Sarkozy s'est couché"
Sa principale rivale à la primaire, Martine Aubry, a elle énuméré la liste des solutions qu'elle espérait de ce sommet. "J'attendais une proposition sur les eurobonds, comme nous le proposons pour mettre en commun la dette ; j'attendais le doublement du fonds européen et des mesures pour relancer la croissance [...]. Cette réunion est très décevante, alors qu'il existe des solutions sur la table." Les critiques les plus acerbes ont été apportées par Laurent Fabius, soutien de la maire de Lille à la primaire PS : "Nicolas Sarkozy s'est rangé, j'allais dire même s'est couché. C'est une faute majeure", a-t-il lancé au sujet du rejet des euro-obligations.
Tout en saluant à demi-mot la décision d'un gouvernement économique de la zone euro, l'ancien Premier ministre a comparé le président français à un "pyromane qui souhaite être le chef des pompiers", au sujet de la "règle d'or" que Nicolas Sarkozy comme Angela Merkel veulent étendre aux 17 pays membres de la zone euro. Laurent Fabius a enfin épinglé le bilan économique du président français : "Nicolas Sarkozy est le recordman absolu de l'endettement de la France." Et le socialiste de rappeler que "dans sa bonne ville de Lille, Martine Aubry a diminué la dette de 40 % sans augmenter les impôts."
La lettre de Ségolène
Ségolène Royal, elle aussi candidate à la primaire PS, a emboîté le pas à sa rivale pour envoyer au couple franco-allemand une "contribution", "pas polémique et très opérationnelle", dans laquelle elle expose "un plan en cinq points" pour "donner une traduction concrète à l'engagement pris le 21 juillet d'une meilleure gouvernance de la zone euro". Ces cinq mesures sont la "mise en place d'un ministre franco-allemand des Finances", la "création d'un vrai gouvernement économique de la zone euro", "l'interdiction aux établissements bancaires de spéculer sur les dettes publiques", un "plan de relance de l'activité économique des entreprises" et la "convocation des parlements français et allemand (...) le même jour" pour "mettre en oeuvre ces dispositions".
Dernier candidat à réagir, Arnaud Montebourg, qui qualifie d'"aveu d'impuissance" la rencontre franco-allemande, soulignant des "demi-propositions dont aucune n'est de nature à dompter les marchés". Et le socialiste de s'indigner contre "les exigences égoïstes de la droite allemande", responsable, selon lui, du refus d'adopter les euro-obligations. Nicolas Sarkozy "est assis sur le porte-bagage de l'Allemagne", a ainsi ironisé Arnaud Montebourg.
Une ligne suivie par le PS qui estime que Nicolas "Sarkozy aligne la France sur les conservateurs allemands contre la solidarité européenne". "Le soi-disant pacte de compétitivité Sarkozy-Merkel n'est en réalité qu'un pacte d'austérité", affirment le premier secrétaire du PS par intérim Harlem Désir, et le secrétaire national à l'économie, Michel Sapin, avant de porter l'estocade : "Cette rencontre est en fait un recul pour la France et un revers pour Nicolas Sarkozy."
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