Jean-François Copé est tout sourire, samedi matin, au premier rang de la plénière de clôture du campus de l'UMP. À ses côtés, François Fillon - qui a effectué durant la nuit une visite-surprise dans un commissariat de police des quartiers nord de Marseille - attend de prononcer son discours, après deux journées d'échauffement des esprits. Juppé, Guéant, Hortefeux, Larcher, Bachelot, Alliot-Marie, Bertrand, Pécresse, Gaudin ou encore Baroin et Le Maire : la plupart des poids lourds de la majorité sont là. Le message est clair : tandis qu'à Paris l'ambiance est à l'effervescence avec le retour deDSK chez lui, place des Vosges, à Marseille l'UMP lance la campagne.
Le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer, celui du Sénat Gérard Larcher et enfin Copé se succèdent à la tribune. Au moins trois mille jeunes sont présents. Un clip vidéo impeccablement ficelé en l'honneur de Nicolas Sarkozy est diffusé : stratégie de campagne tardive oblige, le chef de l'État n'y est pas présenté tant comme candidat, mais plutôt comme une figure paternelle, rassembleuse et visionnaire, flottant loin au-dessus des querelles de partis.
Expérience et action
Les uns après les autres, les intervenants rendent hommage au travail accompli par la majorité depuis quatre ans. Toutes les règles de politesse sont respectées, avec plus ou moins de conviction : hommage au travail du secrétaire général, à l'action du Premier ministre ou encore à la fougue méridionale du sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin - si possible avec une boutade sur son accent, pour l'ambiance. En passant le relais à Fillon, à la fin d'un discours articulé sur la dialectique UMP des "droits" et des "devoirs", Copé prend bien soin de rester pour serrer la main au Premier ministre, à côté du pupitre. Pour l'image, cette fois.
Accueilli chaleureusement par les Jeunes Populaires, Fillon entame donc un véritable plaidoyer de campagne, optimiste et combatif. Rapidement, le Premier ministre réussit l'exercice délicat de vanter le bilan de la majorité tout en s'inscrivant dans l'action. Il promet plus, et mieux, à l'avenir : "Ce que nous avons accompli - parfois imparfaitement, mais toujours avec sincérité - n'est qu'un premier pas dans un monde qui commence. D'autres réformes sont nécessaires, d'autres réformes sont indispensables", a-t-il clamé. Et de mettre en avant ce qui sera un atout-clé de la campagne, l'argument de l'expérience : "Nous sortons renforcés, plus expérimentés, et plus réactifs aussi", martèle-t-il ainsi.
Continuer à bâtir le projet
Un discours de campagne, donc, qui n'aurait pas été complet si Fillon n'était pas monté au créneau, une fois de plus, pour défendre Nicolas Sarkozy : "Aujourd'hui, c'est à celui qui lancera les attaques les plus viles contre le président de la République", lance-t-il, en allusion aux récents développements de l'affaire Bettencourt qui impliquent directement le chef de l'État. "Mais le président de la République n'est pas seul. Nous sommes là avec tous ces Français qui savent distinguer le vrai du faux, pour témoigner que son engagement au service de la France a été total", ajoute Fillon.
Aucune allusion, donc, aux vifs débats de ces derniers jours - au premier rang desquels l'affrontement entre le chef de l'État et Jean-Pierre Raffarin à propos de la "taxe Disney". Le Premier ministre s'est contenté d'affirmer son "adhésion à la philosophie du projet" porté par Bruno Le Maire - lui aussi objet de controverses - tout en appelant au "rassemblement de toutes les composantes de l'UMP". François Fillon a enfin enjoint aux membres du parti majoritaire de "continuer à bâtir (leur) projet".
Le Premier ministre ne fait ainsi que confirmer la stratégie élyséenne, qui consiste à laisser libre cours aux débats au sein du parti, au moins dans les trois mois qui viennent - et dans une certaine limite - jusqu'à ce que le candidat, une fois déclaré, se constitue une "plate-forme" claire et unique. Reste pour certains membres de la majorité, quelque peu sceptiques, à espérer que les "débats" ne laissent pas trop de séquelles...
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