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mardi 6 septembre 2011

La stratégie perdante des banques européennes

La stratégie perdante des banques européennes


L'accalmie aura été de courte durée. Après une première partie d'août catastrophique, les places européennes se sont remises à chuter lourdement lundi, emportées par la dégringolade des valeurs bancaires. Les investisseurs semblent avoir perdu confiance dans la solidité des institutions financières européennes. "Le climat est extrêmement anxiogène", prévient Philippe Dessertine, directeur de l'Institut de haute finance à l'Institut français de gestion.
Même les autorités compétentes sont incapables de s'accorder sur un diagnostic de leur état de santé. La nouvelle directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a appelé le 27 août à des recapitalisations urgentes, avec des fonds publics si nécessaire...Une vision alarmiste rejetée en bloc par les autorités européennes, Banque centrale en tête. Depuis, le débat n'a cessé de s'envenimer.
Anticiper une contagion
Dans une lettre envoyée à l'Autorité européenne des marchés financiers (EMA), le président en charge de l'élaboration des normes comptables, l'ISAB, a apporté de l'eau au moulin du FMI en jugeant insuffisantes les dépréciations des obligations grecques dans le bilan de certaines banques européennes. Autrement dit, l'ISAB leur reproche de sous-évaluer la perte potentielle sur la dette grecque. Selon cet organisme, celle-ci devrait être comptabilisée à son prix de marché, ce qui implique une décote de 50 %. Or la plupart des banques européennes ont décidé de déprécier leur titre de seulement 21 %, conformément à ce que prévoit le plan de participation du secteur privé au second sauvetage de la Grèce.
Seule la dette grecque ne constitue pas un danger majeur pour l'équilibre des établissements européens : "Elle ne représente que 90 milliards d'euros pour les banques européennes, c'est très absorbable, sauf pour les banques grecques, considère Jean-Louis Mullenbach, associé du cabinet Bellot Mullenbach & Associés, spécialiste de l'audit comptable et financier. Selon lui, "les banques européennes seraient correctement capitalisées s'il n'y avait pas de risque de contagion de la crise à d'autres dettes souveraines", comme celles du Portugal, de l'Irlande, de l'Espagne ou même de l'Italie.
Des stress tests peu crédibles
C'est là toute la différence d'appréciation entre Christine Lagarde et les autorités européennes. Fidèles à leur ligne de conduite depuis le début des déboires d'Athènes, ces dernières refusent d'envisager un éventuel autre défaut partiel. Or un tel scénario ne peut plus être totalement exclu. C'est en tout cas ce que suggère l'exemple grec. Athènes ne parvient toujours pas à redresser la barre de ses finances publiques, malgré un plan d'austérité drastique : le gouvernement vient d'annoncer qu'il ne parviendrait pas à tenir ses objectifs de déficit public en 2011. Les marchés financiers sont d'autant plus suspicieux que les seconds stress tests européens menés en juillet n'ont pas permis de lever les incertitudes. Le risque souverain n'a même pas été envisagé, alors la Grèce a dû se résigner à un défaut partiel deux semaines plus tard. 
"En Europe continentale, on a malheureusement toujours tendance à étaler les dépréciations d'actifs dans le temps ou à les renvoyer à plus tard. Pourtant, la stratégie anglo-saxonne de déprécier d'un coup est très bien vue par les marchés. Elle rassure", critique Jean-Louis Mullenbach. Selon lui, certaines banques européennes, françaises notamment, ont manqué la fenêtre de tir qui s'offrait à elles en 2010 pour se recapitaliser dans de bonnes conditions. Et "aujourd'hui, les Européens veulent à tout prix éviter d'éventuelles recapitalisations, car ils ne veulent pas être obligés d'aller sur un marché qui serait hyperdéfavorable", ajoute Philippe Dessertine. Jean-Louis Mullenbach pointe particulièrement du doigt la stratégie des institutions financières hexagonales : "C'est ridicule, les banques françaises ne se portent pas si mal que ça. Elles ont des ratios de fonds propres à peine inférieurs aux autres banques européennes, mais elles se fragilisent inutilement en communiquant mal et en fermant la porte à tout appel au marché." 
Une crise de confiance
Faute de savoir rassurer, l'ensemble des banques européennes doit assumer un risque de liquidité. Par manque de confiance, elles refusent de se prêter au jour le jour l'argent dont elles ont besoin. La situation est telle qu'elles préfèrent placer leur excès de liquidité à la Banque centrale européenne à des taux d'intérêt peu rémunérateurs. Lundi, les montants placés auprès de l'institution de Francfort pour 24 heures ont atteint un niveau record. La situation pose particulièrement problème aux États-Unis, où les filiales de banques européennes, y compris françaises, qui ne peuvent pas s'appuyer sur les dépôts des clients, doivent maintenir en permanence de hauts niveaux de liquidités. 
Même si une grosse faillite bancaire apparaît peu probable - les grandes banques bénéficiant d'une garantie implicite des États -, le risque est de voir le financement de l'économie réelle se tarir, ce qui ferait replonger les pays occidentaux dans la récession.

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