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lundi 30 mai 2011

Les dangers de la transition énergétique allemande

Les dangers de la transition énergétique allemande 

L'Allemagne renonce à l'énergie nucléaire. Après la catastrophe de Fukushima au Japon, Angela Merkel a décidé de fermer les 17 centrales du pays avant le début 2023. D'ici là, Berlin va devoir remplacer 23 % de sa production aujourd'hui obtenue grâce à l'atome. La coalition entre les conservateurs et les libéraux, qui prévoyait auparavant d'allonger la durée de vie des centrales, devra trouver les moyens d'éviter une augmentation des prix et de continuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un pari loin d'être gagné.
Pour réussir, Angela Merkel prévoit d'abord de réduire de 10 % la consommation électrique de ses concitoyens. L'État devrait investir 1,5 milliard d'euros dans la rénovation thermique des bâtiments. Il devrait aussi ériger de nouvelles lignes à haute tension pour mieux raccorder les éoliennes au réseau. La puissance de l'électricité produite par le vent doit par ailleurs tripler grâce à des parcs en mer et à terre, souligne Cédric Philibert, analyste à la division des énergies renouvelables de l'Agence internationale de l'énergie.
Risques de coupures préventives en Allemagne
Mais cela ne se fera pas du jour au lendemain. Or, les sept plus anciens réacteurs ont déjà été arrêtés depuis la commande d'un audit sur le nucléaire par la chancelière après Fukushima. Un huitième réacteur, sujet à des pannes à répétition, est hors service. Avec les entretiens en cours sur d'autres installations, l'Allemagne tourne en fait déjà avec quatre centrales sur dix-sept. Cela n'a pas encore entraîné de problèmes majeurs, mais le risque de coupure d'électricité pendant l'hiver est réel. C'est en tout cas ce que prévoient les exploitants de centrales de même que les gestionnaires du réseau de transport, car celui-ci n'est pas dimensionné pour acheminer l'électricité éolienne. Le patron d'E.ON, Johannes Teyssen, s'en est inquiété en mars dans le magazineSpiegel : "Dans le sud du pays, nous perdons de grosses capacités en raison de l'arrêt des centrales nucléaires. Il n'y a pas assez de lignes pour acheminer l'énergie éolienne produite dans le Nord. Cela peut provoquer des perturbations importantes sur le réseau et entraîner des coupures d'électricité." Il y a des risques de délestage (coupures maîtrisées pour éviter un black-out total), confirme Jacques Percebois, président chercheur au Centre de recherche en économie et droit de l'énergie (Creden). L'Allemagne pourrait avoir d'autant plus de mal à répondre à ses pics de consommation que l'éolien et le solaire ne produisent que de façon très irrégulière, sans possibilité de stockage, rappelle le spécialiste.
... et en France
Les coupures préventives pourraient même atteindre la France, selon une étude du cabinet indépendant SIA Conseil. Jusqu'à présent, l'Allemagne exportait en France quelque 16 térawatt-heures, "la plupart aux heures de pointe, entre 19 et 20 heures, pour répondre au pic de demandes". Depuis le début du moratoire, elle en importe 3 000 mégawatts à l'heure du pic, à une période de l'année où elle est traditionnellement exportatrice... 
Nombreuses contradictions
À moyen terme, malgré le développement des énergies renouvelables, Berlin ne pourra pas se passer de nouvelles centrales à gaz et à charbon, comme l'anticipe le gouvernement. Avec pour inconvénient de renforcer la dépendance de l'Allemagne au gaz et d'augmenter fortement l'effet de serre provoqué par le charbon. Même si le gouvernement a maintenu son ambitieux objectif de diminuer ses émissions de CO2 de 40 % par rapport à son niveau de 1990, celui-ci devrait être très difficile à tenir. L'Allemagne n'est d'ailleurs pas une bonne élève, puisqu'elle émettait déjà près de deux fois plus de CO2 que la France en 1990. Malgré le bond des énergies renouvelables, le charbon représente toujours 43 % de la production d'électricité outre-Rhin.
Hausse des prix à prévoir
Pour limiter l'augmentation des tarifs, le gouvernement espère pouvoir bénéficier d'un prix du gaz raisonnable, notamment grâce au développement du gaz de schiste dans le monde, dont la méthode d'extraction est hautement contestée d'un point de vue environnemental... Mais la hausse semble de toute façon inévitable. Angela Merkel en est bien consciente, elle qui veut consacrer 500 millions d'euros à des compensations pour les industries énergivores. 
Le nucléaire, oui, mais chez le voisin
Pour Jacques Percebois, la décision allemande de sortir aussi rapidement du nucléaire "est hypocrite". La hausse de la demande d'électricité allemande sur le marché européen devrait en effet conduire la France à lui vendre encore plus d'énergie... nucléaire. SIA conseil y voit une bonne affaire pour EDF, car une grande partie de l'électricité ainsi produite pourra être exportée à prix fort. Un argument de poids pour la construction du réacteur EPR de Penly, voire d'un troisième réacteur EPR dans l'Hexagone. Autant d'éléments qui poussent Jacques Percebois à penser que Angela Merkel fait de "l'affichage politique pour couper l'herbe sous le pied aux écologistes". "Plus on approchera de l'échéance, et plus on a de chance que l'arrêt du nucléaire soit repoussé", estime-t-il. Selon le journalLes Échos, les libéraux de la coalition d'Angela Merkel plaident d'ailleurs pour des clauses de révision au cas où le plan de transition énergétique ne se déroulerait pas aussi bien que prévu.

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