L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, accusé notamment du massacre de Srebrenica en 1995, a refusé, vendredi 3 juin, de plaider coupable ou non coupable des charges qui pèsent contre lui, charges qu'il a qualifiées d'"odieuses" devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).
L'accusé, qui a affirmé ne pas avoir lu l'intégralité de son dossier d'inculpation, dispose d'un délai de trente jours pour prendre une décision. Le TPIY a fixé la prochaine audience de son procès au 4 juillet.
"JE SUIS UN HOMME EXTRÊMEMENT MALADE"
Vêtu d'un costume gris, d'une chemise grise et arborant une cravate, M. Mladic a comparu assis, visiblement amaigri et vieilli, à l'opposé de l'homme trapu et massif, en treillis militaire, qu'il était dans les années 1990. "Je suis le général Ratko Mladic" a-t-il répondu au juge qui lui demandait son identité.
Ratko Mladic a été arrêté le 26 mai en Serbie après seize ans de cavale. Un avocat serbe, Aleksandar Aleksic, a été désigné pour le défendre lors de sa comparution initiale.
"Je suis un homme extrêmement malade, j'ai besoin d'un peu plus de temps pour réfléchir à tout ce qu'elle vient de dire", a affirmé l'accusé après la lecture de ses droits par la greffière, lors de l'audience de comparution initiale. "J'étais exposé à un stress très important, je n'ai que peu compris tout ce que cette jeune femme vient de nous lire", a-t-il poursuivi. "Dans l'infirmerie de l'unité de détention, on m'a apporté trois classeurs mais je n'ai rien lu de tout cela, je n'ai rien signé non plus, j'étais dans un état si mauvais."
"J'ai défendu mon peuple et mon pays, et non pas Ratko Mladic", a déclaré l'accusé à la fin de l'audience. "Je n'ai pas tué des Croates en tant que Croates, j'ai seulement défendu mon pays", a-t-il insisté. Au juge qui lui demandait s'il avait encore une déclaration à faire avant la fin de l'audience, M. Mladic, 69 ans, a répondu : "Je ne veux pas qu'on me prenne sous les bras comme si j'étais un aveugle, je peux marcher tout seul." "Je ne veux pas être conduit par d'autres personnes, le monde entier sait qui je suis : je suis le général Mladic", a-t-il asséné.
Celui qui était l'homme le plus recherché d'Europe est notamment poursuivi pour son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, le pire qu'ait connu l'Europe depuis la seconde guerre mondiale, durant lequel huit mille Musulmans avaient été tués.
Le procès de M. Mladic ne devrait pas débuter avant plusieurs mois, notamment pour laisser à la défense le temps de prendre connaissance des éléments de preuve rassemblés par l'accusation.
Lors de cette audience, présidée par le juge néerlandais Alphons Orie, Ratko Mladic s'est vu notifier les onze charges qui pèsent contre lui, notamment génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
SOIGNÉ POUR UN CANCER
Selon l'avocat de l'accusé en Serbie, Milos Saljic, Ratko Mladic a été traité pour un cancer. M. Saljic dit avoir "reçu un dossier médical montrant que Mladic a été opéré et a subi une chimiothérapie pour un lymphome non-hodgkinien en 2009". Un lymphome est un cancer du système lympathique.
La presse serbe a publié une copie d'un document médical montrant que M. Mladic avait été soigné dans un hôpital serbe non identifié entre avril et juillet 2009. M. Saljic a présenté cette pièce à la justice serbe comme la "preuve qu'il n'[était] pas en état d'être extradé et jugé". La ministre de la justice serbe y a vu un stratagème de l'avocat pour empêcher l'extradition.
Bruno Vekaric, membre du parquet serbe chargé des crimes de guerre, ajoute que Ratko Mladic a été examiné et que les médecins ont conclu qu'il avait subi plusieurs attaques cardiaques dans le passé et qu'il souffrait d'hypertension artérielle. Une porte-parole du TPIY a refusé de commenter, rappelant que le tribunal ne parlait pas de la santé des prévenus.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire