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mercredi 24 août 2011

Affaire DSK, une fin sans secousse

Affaire DSK, une fin sans secousse


"C'est fini !", s'exclame, en français, le New York Post. Les poursuites au pénal sont bel et bien terminées, mais l'affaire DSK, contrairement à ses débuts fracassants, s'achève de manière très rapide et nettement plus fade. Hier, lors de l'audience, il n'a fallu au juge qu'un quart d'heure pour déclarer l'abandon des charges qui pesaient contre l'ex-patron du FMI et classer l'affaire. 
Tout commence en fait la veille. Le procureur a convoqué Nafissatou Diallo à 15 heures. L'entretien dure quelques minutes et son avocat fait grise mine en sortant. Comme on s'y attendait depuis des semaines, Cyrus Vance lui a annoncé qu'il demandait un non-lieu contre Dominique Strauss-Kahn. À partir de là, la machine judiciaire s'accélère.
Deux heures plus tard, Cyrus Vance rend public un long document qui détaille ses raisons. Nafissatou Diallo, explique-t-il, n'a cessé de mentir sur "des points petits et grands". La liste est accablante. Et encore, le rapport qui fait 25 pages était, selon le New York Times, trois fois plus long, mais il a été coupé pour éviter d'embarrasser la plaignante avec un étalage de détails qui n'étaient pas nécessaires. Nafissatou n'étant pas crédible, il est donc impensable de la faire témoigner lors d'un procès pour convaincre les jurés au-delà du doute raisonnable.
Manifestants hostiles
C'est ce que sa représentante répète devant le juge le lendemain. L'audience prévue de longue date doit commencer à 11 h 30, mais dès 7 heures, les journalistes font le pied de grue devant les grilles du palais de justice. Les avocats de DSK arrivent les premiers dans la désormais célèbre salle 51, au 13e étage. Puis Kenneth Thompson, l'avocat au civil de Nafissatou Diallo, entre, l'air morose. Anne Sinclair suivie de son époux fait enfin son apparition. Ils sont arrivés dans un énorme 4 x 4 et ont été accueillis par un choeur de manifestants hostiles. 
La représentante du procureur résume rapidement les points principaux du document envoyé la veille. Il y a bien eu un bref acte sexuel, mais il est impossible de prouver qu'il a été forcé et non consenti. Dans ces conditions, après enquête approfondie et longue réflexion, ils ont décidé d'abandonner les poursuites. 
À la télé, c'est là où le juge se lancerait dans une grande tirade dramatique avec effets de manche. Mais hier dans la salle 51, c'était beaucoup moins théâtral. Le juge ordonne l'abandon de toutes les charges. "Pas d'opposition", répond laconiquement William Taylor, son avocat. Ce qui déclenche quelques rires étouffés, et même un sourire sur les lèvres d'Anne Sinclair, assise comme toujours au premier rang. 
Manoeuvre désespérée 
Mais le suspense se prolonge encore un peu. Kenneth Thompson, l'avocat de Nafissatou, a décidé de tirer ses dernières cartouches. Il a déposé une requête pour dessaisir Cyrus Vance du dossier et demande la nomination d'un procureur spécial. Le juge a refusé, mais Thompson a fait appel et on doit attendre la décision, qui peut prendre 30 jours, avant de restituer à Dominique Strauss-Kahn son passeport. C'est une manoeuvre désespérée à laquelle personne ne croit. Surtout pas les avocats de DSK qui, quelques minutes plus tard sur les marches du palais de justice, se relaient au micro pour saluer "ce jour extraordinaire". 
"Quel revirement !" s'extasie William Taylor qui rappelle qu'il y a 90 jours il allait rendre visite à DSK à la prison de Rikers. Benjamin Brafman, lui, est carrément lyrique. Le couple Strauss Kahn a surmonté ce "cauchemar horrifique" avec une "classe extraordinaire". "On peut avoir un comportement déplacé peut-être, mais c'est différent d'un crime", ajoute-t-il. Plus tard, lors d'une conférence de presse, lorsqu'on demande à Taylor ce qu'il entend par "déplacé", il patauge un peu avant de répondre que, pour certaines personnes, être infidèle est un comportement inapproprié. Brafman maintient, dans une interview à Reuters, que l'acte sexuel était "bref, consensuel et qu'elle y a participé volontairement". Ce n'est pas possible qu'il l'ait agressé, estime-t-il, car "elle le domine en taille".
À 13 h 30, l'appel de Thompson est rejeté. Cette fois, Dominique Strauss Kahn peut prendre un avion pour la planète Mars si l'humeur lui en dit. Mais non ! Il reste aux États-Unis, annonce-t-il dans une déclaration devant chez lui. Il dit avoir "hâte" de rentrer en France après cette "épreuve terrible et injuste", mais qu'il a "encore de petites choses dont il faut qu['il s]'occupe avant". 
Secousse
Si le dénouement est rapide, personne ne sort vraiment vainqueur de cette affaire. Cyrus Vance est sur la sellette. On l'accuse d'avoir arrêté DSK peut-être trop précipitamment, on lui reproche ce non-lieu... "Vance, démission !", "De quel côté êtes-vous, celui de la victime ou de l'accusé ?", clament les pancartes d'une poignée de manifestants à la sortie. Pas de chance ! Au moment où le procureur entame sa conférence de presse, le sol se met à trembler et le bâtiment est évacué pour cause de tremblement de terre.
Nafissatou Diallo est encore plus mal lotie. Il n'est pas sûr qu'elle ait toujours un boulot au Sofitel, elle a triché pour obtenir un logement social, a grugé le fisc, s'est grillée auprès de sa communauté et risque l'expulsion pour avoir menti sur sa demande de droit d'asile. Quant à DSK, sa carrière politique a du plomb dans l'aile. Mais au moins on devrait lui rendre son passeport ce matin. Et encore, il aurait pu le récupérer hier s'il n'y avait pas eu ce fichu tremblement de terre. De là à y voir un complot... 

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