Les rebelles ratissaient mercredi la capitale Tripoli au lendemain dela prise du QG de Muammar Kadhafi qui, malgré l'effondrement de son régime, refuse toujours de céder et appelle à la résistance. Des patrouilles de rebelles aux couleurs rouge-noir-vert de la révolution contrôlaient systématiquement les rues prises par les insurgés, à la recherche d'éventuels combattants embusqués, tandis que des accrochages se poursuivaient par intermittence autour de quartiers encore contrôlés par les pro-Kadhafi.
Des combats nourris faisaient notamment rage, mercredi à la mi-journée, dans le quartier de Bab al-Aziziya, où le QG de Muammar Kadhafi a été pris la veille par la rébellion. Une épaisse fumée s'élevait du secteur du complexe, où des tirs d'armes légères, de mitrailleuse lourde, de RPG (lance-roquettes) et de mortiers ont été observés, et les combats s'étendaient au quartier voisin d'Abou Slim d'où les rebelles reculaient. Des combattants ont toutefois indiqué procéder à une manoeuvre pour tenter de prendre les pro-Kadhafi à revers, dans ce secteur proche de l'hôtel Rixos, où une trentaine de journalistes étrangers sont confinés par des hommes armés depuis quatre jours.
De nombreuses rues du centre de Tripoli étaient désertes en raison de "dizaines" de snipers loyalistes disséminés à travers la ville, selon la rébellion. "Il y a des snipers en hauteur en dehors du périmètre de Bab al-Aziziya, il y en a des dizaines et on n'arrive pas à savoir où ils sont", a déclaré un chef de groupe insurgé, Nouri Mohamed. Deux puissantes explosions, vraisemblablement dues à un bombardement aérien, ont retenti dans Tripoli tôt le matin alors qu'un avion de l'Otan survolait la capitale libyenne, a constaté un journaliste de l'AFP. Des tirs et des explosions sporadiques ont retenti quasiment toute la nuit dans Tripoli, après la prise mardi après-midi de Bab al-Aziziya, le QG de Kadhafi.
Check-point
Cette victoire avant tout symbolique, l'immense complexe ayant été déserté, a provoqué une explosion de joie à Tripoli, des familles entières sillonnant les rues en voiture et créant d'énormes embouteillages dans un vacarme de klaxons et de tirs. Depuis Benghazi, la "capitale" des insurgés, où la chute de Bab al-Aziziya a également été célébrée, les rebelles ont appelé les civils à rester à l'écart, afin de permettre aux combattants de passer le complexe au peigne fin. Des check-points ont été mis en place dans la capitale par la rébellion. "Des snipers sont embusqués sur la route de l'aéroport" de Tripoli, a indiqué un rebelle. La sécurisation de cet axe, et la prise du quartier loyaliste d'Abou Slim figurent parmi les priorités des insurgés, a dit un autre.
De leur côté, la trentaine de journalistes étrangers accrédités par le régime restaient toujours confinés par au moins un garde armé dans l'hôtel Rixos tout proche du QG de Kadhafi. Plus à l'est, les rebelles continuaient à resserrer leur étau sur Syrte, ville d'origine de Kadhafi, où des négociations ont été entamées avec les tribus locales pour obtenir une reddition pacifique de la région. Ils ont fait mardi un bond de 80 kilomètres vers Syrte et se sont emparés du port pétrolier de Ras Lanouf, à 130 kilomètres à l'est. Le même jour, les pro-Kadhafi ont tiré plusieurs missiles Scud depuis les environs de Syrte en direction de Misrata, selon la rébellion.
Message de Kadhafi
Le mystère reste toutefois complet autour de la localisation de Muammar Kadhafi, qui a défié une nouvelle fois la rébellion, dans un message sonore, en appelant les habitants à "nettoyer" Tripoli des insurgés et en affirmant s'être promené incognito dans la capitale. "Je me suis promené incognito, sans que les gens me voient, et j'ai vu des jeunes prêts à défendre leur ville", a-t-il affirmé dans ce message diffusé par la chaîne de télévision Arrai, sans préciser de date. Il a appelé "les habitants de Tripoli, les tribus, les jeunes, les vieux à sortir dans les rues" et "nettoyer Tripoli des rats", en référence aux rebelles. Dans un message diffusé quelques heures auparavant, il a argué s'être retiré de son QG pour des "raisons tactiques".
Interrogé par la chaîne France 24 sur le lieu où il pourrait se trouver, Moustapha Abdel Jalil, le chef du Conseil national de transition (CNT), l'organe politique des rebelles, a répondu : "Dieu seul le sait (...). J'imagine qu'il a quitté Tripoli." Dans une autre déclaration, Abdel Jalil a réaffirmé la volonté des rebelles de prendre vivant l'ancien dirigeant et de le juger "avec sa bande" en Libye. "L'ère de Kadhafi est terminée, même si tout finira seulement avec sa capture et sa condamnation pour les crimes qu'il a commis", a-t-il ajouté en promettant "dans huit mois des élections législatives et présidentielle". Selon lui, les combats ont fait plus de 400 morts et 2 000 blessés depuis l'assaut de Tripoli lancé samedi par les rebelles, et près de 600 soldats partisans de Kadhafi y ont été capturés.
Poursuite de l'effort militaire
Le président français, Nicolas Sarkozy, et son homologue américain, Barack Obama, sont convenus de "poursuivre leur effort militaire" jusqu'à ce que "Kadhafi et son clan" déposent les armes. Les États-Unis ont aussi indiqué travailler à débloquer dans les prochains jours "entre 1 et 1,5 milliard de dollars" d'avoirs libyens gelés pour venir en aide aux rebelles. Toujours réticent, le président russe Dmitri Medvedev a estimé qu'il y avait "deux pouvoirs" en Libye et jugé des négociations nécessaires. Il a toutefois ajouté que Moscou serait prêt à établir des relations avec les rebelles s'ils parvenaient à unifier le pays.
Mais pour certains experts, comme Jean-Yves Moisseron, chercheur à l'Institut de recherche sur le développement, le CNT est le théâtre de "conflits internes extrêmement forts" entre tribus et chefs politiques qui veulent s'approprier les recettes pétrolières, compromettant l'avenir.
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