"Pourquoi tenir cette conférence de presse ?" Côté salle, la question est accueillie par un murmure mi-amusé, mi-approbateur. Côté tribune, Douglas Wigdor s'étrangle discrètement, puis fait mine de rire. "On n'a cessé de nous reprocher de ne pas venir parler de l'affaire aux médias français ; et quand je fais le déplacement, on me demande de me justifier !" Pas de coup marketing là-dessous, assure l'un des conseils américains de Nafissatou Diallo avec Thibault de Montbrial, "relais" français, mais la simple volonté de répondre à la presse de ce côté-ci de l'Atlantique. Reste que la séance, tenue à deux pas des Champs-Élysées dans un des salons feutrés du luxueux Royal Monceau, et à quelques heures de l'audience au cours de laquelle devaient être abandonnées les poursuites contre l'ancien directeur du FMI pour crimes sexuels, a un léger goût d'étrangeté.
Car si Douglas Wigdor a fait le déplacement à Paris, c'est aussi pour ouvrir, dans les formes, un nouveau front : français celui-là, et délibérément politique. Thibault de Montbrial a en effet déposé une plainte au parquet de Pontoise dans la matinée pour subornation de témoin : il affirme qu'un proche de DSK, l'un des adjoints à l'actuel maire de Sarcelles, aurait fait pression sur une femme qui était prête à appuyer leurs accusations. L'homme aurait, selon deux témoins, contacté un proche de la jeune femme pour savoir combien elle demanderait pour reculer. Une histoire "emblématique", selon l'avocat, de l'entreprise que mèneraient depuis mai "les réseaux strauss-kahniens", "très efficaces" pour "dissuader par différents moyens les femmes susceptibles de porter les coups les plus rudes à M. Strauss-Kahn dans les procédures américaines".
Opacité
Une accusation aussi lourde qu'opaque : quel est le nom des protagonistes de "l'affaire Sarcelles" ? Combien de personnes ont depuis juin répondu à l'appel à témoins de Kenneth Thompson? Certaines témoigneront-elles lors d'un procès au civil ? Lesquelles, et de quelle nationalité ? Aucune réponse des deux avocats, qui affirment ne pas pouvoir donner davantage de détail avant que ne s'ouvre l'étape "discovery" de ce second procès, où les deux parties se dévoilent mutuellement leurs pièces et leurs témoins.
D'autant que les pressions auraient été suffisamment nombreuses, sur ces potentielles victimes comme sur les avocats de Nafissatou eux-mêmes, pour que la plus grande discrétion doive être tenue sur le sujet. De quelles pressions Montbrial a-t-il été personnellement victime ? L'avocat laisse entendre que ces influents proches de Strauss-Kahn auraient été à l'origine de la diffusion d'une information, ensuite démentie, concernant l'ouverture par le barreau de Paris d'une enquête à son sujet...
Lorsque des détails sont donnés, ce sont ceux que l'on connaissait déjà de l'affaire : Douglas Wigdor attaque, revient point par point sur le dossier, cite le rapport médical, demande que DSK s'exprime publiquement - sinon sur ses faits et gestes avant et après la scène, du moins sur les neuf minutes passées dans la suite 2806 - , affirme qu'elle n'a absolument jamais dit au téléphone "ce type a plein d'argent, je sais ce que je fais"... Avant de reprocher de manière frontale à Cyrus Vance son abandon des poursuites, comme sa décision de ne pas entendre Tristane Banon - une décision, selon lui, politique et visant à assurer sa réélection au poste de procureur. Autant d'éléments qui devraient à l'avenir, espèrent les deux avocats, alimenter un procès civil. Et permettaient d'occuper le terrain, à l'heure où le juge Michael Obus annonçait sa décision d'abandonner les poursuites pour crimes sexuels.
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