Tandis que la guerre n'est pas finie, les marins du Charles de Gaulleassistent aux opérations devant leurs écrans de télévision. Leur fier navire est rentré à Toulon depuis le 12 août, et ses appareils de combat sont sous leurs hangars sur la base de Landivisiau (Finistère). Les seize avions (dix Rafale de la flottille de combat 12F et les six Super-Étendard de la 17F) embarqués sur le porte-avions dans le cadre de l'opération Harmattan ont conduit 1 126 sorties du 22 mars au 10 août. À savoir 770 sorties pour 385 missions d'attaque au sol pour les Rafale. Pour les Super-Étendard, 356 sorties ont été réalisées, pour 178 missions d'attaque au sol. Ils sont tous rentrés sur leur base de Landivisiau (Finistère).
Lorsque le navire amiral français se trouvait en opération au large de la Libye, le contrat fixé par l'Otan à la France était de dix-huit missions de combat quotidiennes, confiées pour moitié à la marine et à l'armée de l'air. Depuis le retour du Charles de Gaulle, le nombre de ces missions françaises a été réduit de deux, pour passer à seize, dont deux en alerte au sol. Tous les avions (Mirage 2000 et Mirage F1) conduisant ces missions sont basés à La Sude (Crète). Certains pilotes de l'armée de l'air se sont étonnés que les Rafale du porte-avions n'aient pas été maintenus sur l'opération Harmattan, bien que ces appareils de la marine et ceux de l'armée de l'air soient strictement interchangeables, quand on les emploie à partir de bases terrestres.
Absence d'impératif opérationnel
L'état-major de la marine se refuse à aborder ce sujet, renvoyant sur l'état-major des armées, où l'on explique que depuis le retour des Rafale à Landivisiau (Finistère), les mécaniciens effectuent des opérations de maintenance sur les appareils, les équipages prennent des vacances et les jeunes pilotes s'entraînent pour obtenir leurs qualifications. De fait, la marine ne dispose aujourd'hui que de dix-neuf Rafale opérationnels au standard F3. Neuf des dix premiers appareils livrés au standard F1 depuis 1999 se trouvent aujourd'hui sous cocon, avant d'être modernisés en F3 au cours d'un chantier qui doit commencer à la fin de cette année. À terme, la marine doit disposer de cinquante-huit Rafale. Les dix-neuf SEM (Super-Étendard modernisés) en ligne seront retirés du service en 2015.
L'envoi du porte-avions Charles de Gaulle au large de la Libye, quelques jours après le début des engagements, n'a jamais constitué un impératif opérationnel. Passé les premiers jours où les missions d'attaque au sol et de reconnaissance ont été conduites depuis les bases de l'armée de l'air dans l'est de la France, l'essentiel du dispositif avait été "redéployé" vers Solenzara en Corse, avant de se déplacer plus près des côtes libyennes, à Sigonella (Sicile) et à La Sude (Crète). Dans ces conditions de proximité des cibles, la présence du porte-avions français ne s'imposait pas et le chef d'état-major de la marine, l'amiral Pierre-François Forissier, rappelons-le, était de cet avis. C'est son supérieur, le chef d'état-major des armées, l'amiral Édouard Guillaud - lui aussi marin et de surcroît ancien "pacha" du Charles de Gaulle -, qui a poussé à l'envoi du porte-avions au large de la Libye.
Démonstration de polyvalence
Les qualités de cette arme exceptionnellement puissante sont connues. Elles ont été rappelées à bord du bâtiment par le président de la République le 12 août dernier : "Se projeter loin du territoire national, combattre pendant de nombreuses semaines et au meilleur niveau opérationnel, requiert un savoir-faire, une technologie et une ténacité hors du commun." Qui en doute ? Pour autant, le porte-avions, certes très utile, n'était pas indispensable. Mais il est l'un des signes majeurs de la polyvalence militaire française. Les marins y sont attachés comme à la prunelle de leurs yeux et craignent par-dessus tout qu'à défaut de disposer d'un second navire du même type, l'utilité du premier soit discutée. Dès lors, sa présence s'imposait et le chef des armées Nicolas Sarkozy en a convenu. Mais aujourd'hui, le porte-avions est rentré à quai pour plusieurs mois et la mission continue.
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