Le Conseil de sécurité de l'ONU a réussi mercredi à sortir de l'impasse, au troisième jour de discussions sur la Syrie, en parvenant à un compromis sur un texte qui "condamne" la répression du régime de Bachar el-Assad contre les manifestants.
Le texte, qui devrait être adopté dans la journée sous la forme d'une déclaration - moins contraignante qu'une résolution -, "condamne les nombreuses violations des droits de l'homme et l'usage de la force contre les civils par les autorités syriennes", selon une copie obtenue par l'AFP. Ce sera la première fois que le Conseil de sécurité se prononcera sur la Syrie depuis le début des manifestations contre le régime de Bachar el-Assad le 15 mars.
Un projet de résolution déposé par la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, le Portugal, et appuyé par les États-Unis, s'était heurté à la menace de veto de la Russie et de la Chine, elles-mêmes soutenues par plusieurs autres pays. Mais l'aggravation des violences a finalement convaincu les membres du Conseil de prendre position. Le texte, qui a été envoyé aux différents gouvernements pour un examen final avant d'être soumis au vote, appelle à "mettre fin immédiatement à l'ensemble des violences".
La Russie bascule
Il ne fait plus référence à une enquête du Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur la répression menée depuis mars par le gouvernement syrien, qui aurait fait quelque 1 600 morts. Mais il appelle "les autorités syriennes à respecter pleinement les droits de l'homme et leurs obligations au regard du droit international", et ajoute que "les responsables des violences doivent rendre des comptes".
Le projet de déclaration "prend note" par ailleurs des promesses de réforme du président Bachar el-Assad, "regrette le manque de progrès dans la mise en oeuvre de ces engagements et appelle le gouvernement syrien à les respecter". Les derniers changements dans la formulation du texte ont conduit la Russie, qui avait menacé d'exercer son veto, à lever ses objections. Son ambassadeur Vitali Tchourkine a jugé la nouvelle version "équilibrée".
Des chars à Hama
Avant l'éruption de violence qui a eu lieu en Syrie au cours du week-end, la Russie, la Chine et un groupe d'autres pays avaient bloqué toute action au Conseil, craignant que cela n'entraîne une intervention militaire, comme en Libye. Les Européens et leurs soutiens américains, favorables à un message ferme envers le régime de Bachar el-Assad, avaient objecté qu'il n'y avait jamais eu de projet d'intervention militaire en Syrie. Les informations faisant état de chars gouvernementaux encerclant Hama, l'un des bastions de la contestation, ont finalement poussé dans le sens d'un accord.
Les membres du Conseil de sécurité étaient par ailleurs en désaccord sur la forme que devait prendre leur prise de position, la Russie, la Chine et d'autres pays s'opposant à une résolution formelle. Une déclaration de la présidence du Conseil, tout en ayant un certain poids, recueille plus facilement l'unanimité des voix.
Une déclaration poserait tout de même des problèmes au Liban, en raison de ses liens complexes avec son voisin syrien, et des diplomates tentaient de trouver un moyen pour que le Liban ne soit pas associé au texte.
Les Européens ont accueilli le projet de déclaration en soulignant qu'il conservait la plupart des éléments "forts" en faveur desquels ils s'étaient battus. Pendant les discussions, la Russie et d'autres pays avaient insisté sur le fait que la violence des manifestants devait être condamnée dans les mêmes termes que celle des forces de sécurité. Mais "ce ne serait pas raisonnable", avait réagi un diplomate occidental sous le couvert de l'anonymat. "Nous avons clairement exprimé notre position, nous avons quelques lignes rouges très claires", avait renchéri l'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant. La réunion consacrée au vote devait commencer à 21 heures, heure de Paris.
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