Mardi dernier, l'épouse de Ziad Takieddine, intermédiaire dans les ventes de sous-marins au Pakistan et à l'Arabie saoudite, répondait pour la deuxième fois à la convocation de la Division nationale des investigations financières (DNIF).
En instance de divorce, Nicola Johnson a décidé d'aider la justice à faire la lumière sur le rôle de son mari dans des ventes d'armes qui ont pu générer des rétrocommissions servant au financement de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. Sa première audition avait permis aux limiers de la DNIF d'établir l'inventaire des biens de Ziad Takieddine, dont le patrimoine est évalué à 104 millions d'euros. Pour sa seconde présentation, la Londonienne de 54 ans a confié une clé USB et des documents sur lesquels sont dupliqués les détails des comptes off shore du millionnaire franco-libanais. Des éléments récupérés dans l'appartement du couple à Londres.
Argent liquide
Elle s'est aussi longuement attardée sur la nature des relations que, selon elle, le marchand d'armes entretient avec Brice Hortefeux, Jean-François Copé, Thierry Gaubert, un ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, et Nicolas Bazire, l'ancien directeur de cabinet d'Édouard Balladur alors Premier ministre. Elle a confié des photos, censées démontrer leur proximité avec son mari. La plupart de ces documents ont été publiés sur Mediapart, le site d'information en ligne. Toujours selon Nicola Johnson, de l'argent liquide irriguait les relations entre son mari et les personnalités susnommées. "À ma connaissance, sur ce point précis, elle n'a pas apporté de preuves à l'appui de ses déclarations", selon une source judiciaire qui n'avait pas encore eu accès à l'ensemble de la procédure en raison des vacances.
Vengeance d'une femme délaissée et méprisée par un mari qui ne lui propose que 5 000 euros de pension alimentaire par mois après vingt ans de vie commune alors qu'elle lui réclame un quart de sa fortune ? Ou citoyenne sincèrement outrée par la corruption des moeurs politiques ? Son avocat Me William Bourdon n'a pas souhaité s'exprimer après l'audition de sa cliente qu'il a accompagnée : "Dans ce dossier, je suis muet comme une carpe, ma cliente aussi", a-t-il répondu au Point.fr
Une enquête difficile
Selon un enquêteur, "le dossier des juges Le Loire et Van Ruymbeke progresse". Chargés du volet financier du Karachigate - des commissions occultes non versées à des intermédiaires au Pakistan pourraient avoir provoqué, en représailles, un attentat en 2002 tuant onze Français travaillant sur le chantier des sous-marins -, les magistrats instructeurs avaient lancé des commissions rogatoires internationales après la première audition de Nicola Johnson.
Ces actes d'instruction doivent déterminer le cheminement bancaire des commissions et des rétrocommissions. À destination de l'île de Man, un paradis fiscal britannique, de la Suisse et du Luxembourg, seule la commission rogatoire de retour de Genève est arrivée, pour l'instant, sur le bureau des juges. "C'est une enquête difficile, parce que les faits sont assez anciens. Il faut savoir que les documents bancaires sont détruits au bout de dix ans", affirme une source proche du dossier.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire