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mardi 6 septembre 2011

Jacques Chirac n'assistera pas à son procès

Jacques Chirac n'assistera pas à son procès


Il n'est pas venu lundi. Et il ne viendra pas mardi. Pas plus que les autres jours. Jacques Chirac, 78 ans, aurait la mémoire qui flanche. D'où son absence devant le tribunal correctionnel de Paris, qui le juge avec neuf autres prévenus pour deux affaires d'emplois fictifs à la Mairie de Paris. En ce premier jour d'audience, les avocats ont bataillé. Le tribunal a finalement tranché : la justice suivra son cours et l'ancien président de la République, le premier à être renvoyé, en temps de paix, devant un tribunal correctionnel pour des faits délictuels, sera "jugé en son absence". 
"La comparution personnelle ne sera pas ordonnée", a déclaré le président Dominique Pauthe. Une bonne partie de l'après-midi avait été consacrée à examiner la nécessité de diligenter une contre-expertise médicale, après l'expertise produite par les avocats de Chirac. 
"Cela n'est pas une maladie" (avocat de Jacques Chirac)
Divulgués de façon opportune ce week-end, des extraits d'un rapport médical de quatre pages, en date du 8 juillet et adressé au tribunal seulement vendredi, stipulent que Chirac est atteint "d'anosognosie", un terme savant signifiant qu'il n'aurait plus toute sa tête. Se défendant d'être à l'origine de la "fuite" du document, son avocat Jean Veil a joué les équilibristes. "Cela n'est pas une maladie, c'est un symptôme, le symptôme de différentes maladies neurologiques", a-t-il déclaré, avant de préciser, sans plus d'explications n'étant pas lui-même de la Faculté, qu'elle peut avoir "d'autres origines". Certifiant que son client n'entendait pas se soustraire à la justice, il a ajouté : "Il ne sera pas à l'audience si vous l'y autorisez, il sera présent si vous le requérez." Cela après avoir longuement expliqué au tribunal l'évolution de son état de santé. 
Jacques Chirac a quitté l'Élysée le 17 juin 2007. Jusqu'à cette date, il bénéficiait d'une immunité présidentielle, taillée sur mesure par le Conseil constitutionnel, qui le protégeait des foudres de la justice durant ses deux mandats. Redevenu simple citoyen, il devait logiquement être soumis au même régime pénal, mais c'était sans compter sur l'imagination des avocats et, pour finir, sur la dégradation de son état de santé. 
"La volonté d'assumer" (Jacques Chirac)
"Entre 2007 et 2011, la santé de Jacques Chirac ne s'est pas améliorée", a affirmé son avocat, non sans indiquer que s'il n'avait pas transmis les rapports médicaux à ses confrères de la partie civile, c'était pour "des raisons de discrétion et de pudeur". Selon lui, Chirac "n'est plus en mesure de se souvenir des faits de plus de vingt ans". Or, les délits qui lui sont reprochés remontent précisément à l'époque où il était maire de Paris (1977-1995) et patron du RPR (auquel a été substituée l'UMP). 
Le président Pauthe a lu une lettre que Chirac lui avait adressée, dans laquelle l'ancien président souligne que sa "volonté d'assumer" les actes qui lui sont reprochés "demeure totale" ; ce, dans le souci de montrer que "tous les Français sont égaux devant la justice". "Même si je ne pense pas être en situation de pouvoir lui apporter mon concours", ajoute-t-il. 
Expertise judiciaire
Le parquet, placé sous tutelle du pouvoir politique, ayant refusé de soutenir l'accusation et la Mairie de Paris de Bertrand Delanoë ayant renoncé à sa plainte après le versement de 2,2 millions d'euros de dédommagement (dont les trois quarts à la charge de l'UMP, et le reste à celle de Chirac), l'association de lutte contre la corruption Anticor a laissé entendre que, compte tenu des "signaux évidents envoyés cet été à l'ensemble des Français" sur le délabrement de la santé de l'ancien président, celui-ci avait opté pour la "dérobade". 
Dans la foulée, l'avocat a exigé que le président ordonne une expertise judiciaire "sous [son] contrôle". Les avocats de la défense se sont récriés avant de sonner la charge contre la partie civile. "Des farceurs" et "des plaisantins", a tonné Jean Veil. L'avocat d'Anticor, Jérôme Karsenti, s'est défendu d'être entré dans ce dossier "par effraction". "Anticor n'est pas le cambrioleur de vos privilèges, de votre pouvoir", a-t-il lancé à l'adresse des avocats de Chirac. "Ce procès est le procès d'un système." Il se tiendra donc, pendant trois semaines, mais sans le principal intéressé qui, pendant toutes ces années de procédure, n'a jamais ménagé ses efforts pour échapper à l'humiliation de comparaître devant ses juges.

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