Benoît XVI a reçu vendredi un accueil chaleureux au monastère de l'Escorial, où l'attendait une assemblée de religieuses, avant de présider dans la soirée un chemin de croix, événement central de sa visite à Madrid, dont le coût continue à susciter des polémiques. La Via Crucis, sur le Paseo de Recoletos, une large avenue du centre de Madrid, évoque au fil des quatorze stations les différents "péchés de l'humanité" et fait allusion aux "abus sexuels", "crimes contre les enfants" et "péchés contre la chasteté", rappelant les crimes des prêtres pédophiles qui ont discrédité l'Église dans plusieurs pays occidentaux.
Jeudi soir, au premier jour de sa visite, Benoît XVI, âgé de 84 ans, ployant légèrement sous son étole rouge et or, avait semblé rayonnant, mais éprouvé par la chaleur quand il avait été accueilli par des centaines de milliers de jeunes en liesse, venus de 193 pays. Le faste de ces Journées mondiales de la jeunesse continue d'être accompagné de polémiques sur leur coût et par des incidents entre manifestants anti-pape et police. Sur la place de la Puerta del Sol à Madrid, les agents antiémeute sont intervenus dans la soirée pour disperser à coups de matraque un groupe d'environ 150 manifestants.
Des retombées record
Les organisateurs soutiennent que les JMJ ne coûteront rien au contribuable espagnol et que les retombées seront de 100 millions d'euros pour l'économie locale. Environ 30 % des coûts sont assumés par des sponsors privés, le reste par les pèlerins, assurent-ils. Ils donnent l'exemple d'un "JMJiste" venu du diocèse de Nanterre en France : il paie 440 euros pour le trajet et le séjour d'une semaine, ou 220 euros sans les transports. Un fonds de solidarité a contribué au voyage de 10 000 jeunes des pays du Sud.
Restent les coûts pour le nettoyage et la sécurité. Selon les critiques, en pleine crise, les municipalités et les régions ont dû faire face à beaucoup de frais pour accueillir les jeunes, dont une grande partie sont arrivés une semaine à l'avance. Du côté des jeunes catholiques, au milieu des catéchèses, concerts, célébrations et débats, l'ambiance restait survoltée et les groupes fraternisaient entre eux dans la fatigue et la chaleur. Beaucoup regrettaient cependant que la transmission de la plupart des cérémonies soit en espagnol, et disaient n'y rien comprendre.
Participation de prisonniers
Vendredi, Benoît XVI a commencé une longue série de rencontres au palais de la Zarzuela avec le roi Juan Carlos et la reine Sofia, entourés de leurs enfants et petits-enfants. Puis il s'est rendu au monastère de San Lorenzo à l'Escorial, à 50 kilomètres de Madrid. Quelque 1 600 jeunes religieuses, âgées de moins de 35 ans, voilées de blanc, de gris ou de noir et appartenant à de nombreuses congrégations, l'ont acclamé, alors qu'il venait les encourager dans la "radicalité" de leur engagement. "Face au relativisme et à la médiocrité s'impose la nécessité de cette radicalité", leur a lancé le pape, les remerciant pour leur rôle dans l'éducation, la santé, l'engagement missionnaire, la paix, "leur engagement en faveur de la vie".
Dans la foulée, il devait rencontrer des milliers d'universitaires catholiques de moins de 40 ans. L'ancien professeur d'université qu'est Joseph Ratzinger devait leur demander de résister à une conception utilitaire de la recherche, détachée de l'éthique. Benoît XVI devait déjeuner à la nonciature avec douze jeunes - six garçons et six filles - des cinq continents, une tradition à chaque JMJ, avant de recevoir la visite du Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero.
La journée devait s'achever par le chemin de croix, de la place Colon jusqu'à Cibeles, un parcours de 700 mètres où ont été installées les quatorze stations. Le pape, depuis la place de Cibeles, présidera cette procession, où la croix des JMJ sera portée de station en station par des jeunes d'une quinzaine de pays, représentants de la souffrance à travers le monde, dont certains venant du Proche-Orient, d'Irak, du Soudan, de Haïti et du Japon. Des détenus d'une prison de Madrid ont obtenu un permis spécial pour y participer.
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