Depuis mars 2011, huit investisseurs anglais ont décidé de faire du Royaume-Uni la place forte de l'entrepreneuriat mondial. Sur le modèle d'une initiative gouvernementale américaine baptisée "StartUp US", ils ont décidé de mettre en place "StartUp Britain". Une différence, et de taille : le financement. D'un côté, il y a l'État américain, de l'autre, des investisseurs privés. David Cameron a lancé publiquement StartUp Britain, mais le gouvernement anglais ne fait donc que soutenir la démarche.
"Nous voulons montrer qu'il est facile de mettre en route une activité indépendante en Grande-Bretagne", confie Oli Barret, l'un des cofondateurs. Une démarche que le locataire du 10 Downing Street a approuvée en expliquant : "Les mieux placés pour aider à démarrer une affaire sont ceux qui ont réussi en affaires." Emblème de l'entrepreneur britannique et égérie de la campagne, Richard Branson, patron de Virgin, confirme et s'enthousiasme pour l'initiative dans le Daily Telegraph, où il se remémore certaines de ses mésaventures de débutant.
Une heure pour convaincre
C'est justement pour éviter trop de déconvenues aux jeunes entrepreneurs que StartUp Britain met au service des meilleures idées un "package" d'aides d'une valeur de 1 500 livres. Il comprend un soutien marketing, une formation financière et un service de conseil. Oli Barret précise : "Parmi les soixante entreprises partenaires, certaines fournissent un éventail de services gratuits sur une période limitée." Par exemple, Google offre un espace de publicité, PayPal un accès de trois mois au site powa.com et Fujitsu un accès de trente jours à son service de stockage dans les nuages. "Avec ce dispositif, nous aspirons à devenir le plus grand fonds d'investissement privé et rétablir durablement l'économie", s'enthousiasme Oli Barret.
Pour réussir ce pari, un bus aux couleurs de l'Union Jack, accompagné de quatre Mini originales, sillonne Londres et stationne régulièrement à Saint James' Square. Le convoi, une fois garé, permet d'accueillir les candidats au programme, reçus par trois personnes : l'un des huit cofondateurs, un représentant des grandes entreprises partenaires et un jeune créateur d'entreprise. "Nous avons une bonne heure pour nous exprimer. Il faut présenter un business plan, une idée de logo, mais surtout convaincre sur le sens global de notre projet", raconte, encore un peu stressée, Camille en descendant du bus. Cette jeune femme de 28 ans, diplômée d'Oxford et de HEC, est venue présenter un projet lié au développement des pays du sud.
David Cameron est le grand gagnant
Camille ne sait pas si son projet a été apprécié, mais quoi qu'il arrive, elle ne deviendra pas chef d'entreprise tout de suite. "Dès la fin de mon entretien, le représentant d'une entreprise partenaire m'a fait une offre pour un poste et nous devons nous revoir très rapidement", s'étonne-t-elle, le sourire aux lèvres, avant de préciser : "Le rendez-vous est déjà pris !"
Opportunité ou dérive ? Les critiques s'élèvent. Les détracteurs voient en StartUp Britain un moyen pour les grandes entreprises d'avoir accès à de jeunes talents, mais surtout à des projets déjà définis qu'elles peuvent récupérer. Mike McDowell, économiste, analyse : "Un tel système ne relancera pas l'économie et, surtout, gèle l'innovation et empêche l'éclosion de nouveaux talents."
Pourtant, le programme est fortement soutenu par les entrepreneurs, qui ont signé massivement une lettre dans le Daily Telegraph. Ils expriment leurs remerciements au gouvernement qui les "a impressionnés par sa capacité à encourager une entreprise privée comme StartUp Britain et a mobilisé les grandes entreprises derrière ce projet". Même si StartUp Britain a vu le jour grâce à des privés, "David Cameron est le grand gagnant, car il est considéré comme celui qui a trouvé les mots qui ont motivé notre démarche", ose Oli Barret.
Des louanges que doit lui envier Barack Obama. Car, pour beaucoup d'observateurs américains, StartUp Us prouve que le locataire de la Maison-Blanche est "celui qui a délaissé les pauvres pour s'acoquiner avec les grandes entreprises"...
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