Un coup de feu claque. "Vous n'avez aucune chance ! Nous sommes armés et nombreux !" hurle un rebelle qui vient de tirer en l'air. Ses compagnons pénètrent aussitôt dans les lieux. Et mettent en joue deux hommes, accroupis au fond de la pièce. La brigade des "Martyrs de Benghazi", basée à Tripoli, entame une opération de "nettoyage". La cible ? Les combattants de Kadhafi encore retranchés dans la capitale.
Aujourd'hui, le raid a lieu dans une ferme située dans la banlieue est de Tripoli. C'est un voisin qui a donné l'alerte. "Ils font des allées et venues et il y a eu ici jusqu'à trente personnes", raconte celui-ci. "Ils ont même posté un jour un sniper sur ce toit", poursuit-il en désignant le bâtiment de l'autre côté de la rue.
Une dizaine de rebelles mettent déjà à sac la maison. Et ils sont servis. Uniformes militaires, plaques d'immatriculation, passeports libyens mais aussi tchadiens, téléphone satellite... Un butin où l'on découvre même un écusson des services de renseignements de Kadhafi ! Les visages des deux captifs, originaires de Sebha dans le sud du pays (pro-Kadhafi), se décomposent. "Nous sommes des civils ! Tout appartient à notre cousin. Il est militaire et il est parti."
Cris de joie
Les rebelles se précipitent dans le jardin. Le terrain est parsemé de trous ayant servi de caches. "Regardez chaque trou a la dimension d'un fusil". Plus loin s'étalent les restes d'un foyer et parmi les cendres des bouts d'étoffe et de ceinturons. "Ils ont voulu se débarrasser de vêtements militaires", lance un rebelle. Deux de ses collègues s'emparent de pelles. Creusent. Et soudain : "Dieu est grand ! Dieu est grand." Quatre kalachnikov et une caisse de munitions protégées par des sacs plastique sortent de terre.
"Il va falloir nous expliquer tout ça", lâche Hicham, le chef du groupe. "Je n'ai tué personne, dit l'un des prisonniers, je ne crains qu'Allah." "Vous voyez que nous vous traitons avec humanité", poursuit Hicham en leur tendant deux briques de jus de fruits. "On va vous livrer aux familles de Misrata que vous avez massacrées !" s'emporte l'un de ses hommes.
Les deux suspects, menottés à l'arrière du 4X4, se taisent. Puis parlent entre eux à voix basse, persuadés de ne pas être entendus. "Au moins avant la révolution on pouvait circuler librement", souffle l'un d'eux. La fouille s'achève. Retour à la base à grand renfort de coups de klaxon et de cris de joie. Abel Mohamed Abdulati, l'un des responsables de la brigade, procède à l'interrogatoire. "Si vous me donnez une seule preuve de votre innocence, je vous libère, fait-il savoir. Sinon vous risquez la prison pour longtemps."
Les deux individus s'empêtrent dans leurs explications. L'enquêteur perd patience. "Bon ! Les membres du Conseil national de transition (gouvernement provisoire) arrivent la semaine prochaine, ils vous interrogeront. D'ici là, prison !"
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